Crise suicidaire : comment évaluer le risque et intervenir ?
La crise suicidaire constitue une situation d’urgence nécessitant une évaluation rigoureuse du risque suicidaire et une intervention adaptée afin de prévenir le passage à l’acte.
Qu'est-ce qu'une crise suicidaire ?
Une crise suicidaire est un état de détresse psychologique aiguë où l’individu éprouve une sensation intense de mettre fin à sa vie. Cet état est souvent le résultat d’une souffrance psychologique perçue comme insurmontable et insupportable.
La crise suicidaire est une urgence psychiatrique qui nécessite une intervention immédiate en raison du risque élevé de passage à l’acte.
Quelles sont les caractéristiques ?
- Sentiments Intenses : Les individus en crise suicidaire peuvent ressentir une douleur psychique profonde, marquée par un désespoir extrême, un sentiment d’impuissance, et souvent une perception de soi négative (sentiment d’inutilité, de culpabilité, ou de honte),
- Pensées Suicidaires : Cela inclut des pensées persistantes sur la mort, des idéations suicidaires, ou des plans de suicide. Ces pensées peuvent varier en intensité et en fréquence, allant de pensées passagères à des plans détaillés,
- Comportements à Risque : Les personnes en crise peuvent afficher des comportements impulsifs, une négligence des risques personnels, ou un retrait social. Ils peuvent également commencer à mettre de l’ordre dans leurs affaires personnelles ou faire des adieux.
Comment évaluer le risque ?
L’évaluation du risque doit tenir compte de l’histoire personnelle de l’individu (antécédents de tentatives de suicide, de maladie mentale, des addictions), de son état psychologique actuel, et des facteurs environnementaux stressants et des facteurs de protection.
La détection précoce des signes de crise suicidaire est essentielle pour une intervention efficace. Cela inclut la reconnaissance des changements dans le comportement, les discours, ou l’état d’esprit de l’individu.
Quels sont les déclencheurs ?
- Facteurs Déclenchants/précipitants : Il est important de comprendre les événements ou les circonstances qui peuvent déclencher une crise suicidaire. Cela peut inclure des événements de vie traumatisants, des pertes significatives, des conflits relationnels, ou des conditions de santé mentale préexistantes,
- Vulnérabilité Individuelle : La réaction à ces déclencheurs est souvent influencée par des facteurs individuels tels que la résilience personnelle, le soutien social, et l’historique de santé mentale,
- L’importance des marqueurs psycholinguistiques : Dans leur étude sur les messages relatifs au suicide postés en ligne (Guidère et al., 2019), les auteurs ont relevé plusieurs marqueurs psycholinguistiques qui font partie du phénotype du suicide. Ces marqueurs sont de 2 types :
- Les marqueurs de « perte de contrôle » : perte de contrôle sur les événements, pertes financières, perte de lien avec l’entourage, perte d’autonomie, dégradation physique, etc.,
- Les marqueurs de « perte d’appartenance » : perte de lien familial, perte lien amical, affectif, relationnel, expression de solitude, absence de partage ou d’engagement dans le groupe, manque d’adhésion aux valeurs, aux croyances, aux rites…
Quels sont les signes précurseurs ?
Changements Comportementaux :
- Retrait Social : L’individu peut commencer à se retirer de la famille, des amis, et des activités sociales ou professionnelles habituelles,
- Négligence de Soi : Une diminution de l’intérêt pour l’hygiène personnelle, l’alimentation, et d’autres soins personnels,
- Perturbation du Sommeil : Insomnie ou hypersomnie, changements notables dans les habitudes de sommeil,
- Activités à Risque : Augmentation des comportements à risque tels que l’abus de substances, la conduite imprudente, ou l’automutilation,
- Changements d’Humeur : Irritabilité accrue, colère, tristesse ou apathie, surtout si ces changements sont inhabituels pour l’individu,
- Préparation au suicide : Mettre de l’ordre dans ses affaires personnelles, rédiger un testament, donner des possessions précieuses.
Les signes non verbaux :
Le langage Corporel :
- Un regard vide, un manque d’expression faciale, une posture affaissée,
- Des mouvements lents ou une agitation inhabituelle peuvent également être des indicateurs,
Réduction de la communication :
- Moins d’interaction verbale, réponses courtes ou manque d’engagement dans les conversations.
Écriture et Réseaux Sociaux :
- Changements dans les publications sur les réseaux sociaux, tels que des messages sombres, des adieux, ou des thèmes centrés sur la mort,
- Écriture de journaux, de lettres, ou de notes qui expriment le désespoir, la solitude, ou la douleur.
Les signes verbaux :
Expressions Verbales :
- Déclarations directes telles que « Je veux mourir » ou « Je n’en peux plus de vivre« ,
- Expressions indirectes de désespoir ou de désir de disparition, comme « Les autres seraient mieux sans moi » ou « Je souhaite juste dormir et ne jamais me réveiller« .
Exemples de verbatims :
« Je ne vais pas bien. » , »Je ne supporte plus rien. » , »J’en ai marre de tout. », « C’est insupportable. », « C’est fini pour moi. », « Je ne peux pas continuer comme ça », « Je n’ai plus envie de vivre. », « Je ne manquerai à personne si je disparais. », « Je suis un fardeau pour tout le monde. », « Ça ne sert à rien de continuer comme ça. »
Quels sont les outils d'évaluation ?
Des questionnaires d’évaluation standardisés existent. Ces questionnaires aident à quantifier le niveau de détresse et les pensées suicidaires, offrant une base objective pour l’évaluation.
Parmi ces tests : l’Échelle de Tentative de Suicide de Columbia (C-SSRS) pour évaluer le risque de suicide.
Entretiens cliniques et évaluations continues
- Entretiens structurés ou semi-structurés pour évaluer les pensées, les intentions, les plans, et les comportements suicidaires,
- Discussion sur les antécédents personnels et familiaux de troubles psychiatriques et de tentatives de suicide,
- Suivi régulier pour surveiller les changements dans les symptômes et les pensées suicidaires, surtout après des interventions initiales ou des changements de traitement.
Comment se comporter lors de l'entretien ?
- Établir une connexion :
– Créer un espace sûr et non jugeant pour encourager l’expression des sen6ments et des pensées,
– Utiliser des techniques d’écoute active pour montrer compréhension et validation des émotions de la personne
- Communication empathique :
– Réponses qui montrent de l’empathie et du soutien, en reconnaissant la douleur et la souffrance de l’individu,
– Éviter de minimiser ou de détourner leurs sentiments.
- Créer une alliance thérapeutique :
– Une relation thérapeutique forte est un élément clé dans le traitement de la crise suicidaire, favorisant la confiance et la collaboration.
Techniques de désescalade :
- Calme et Contrôle : Maintenir un ton de voix calme et une présence rassurante pour aider à calmer la personne,
- Reconnaissance de la Crise : Reconnaître que la personne traverse une période difficile, ce qui peut aider à réduire son sentiment d’isolement et de désespoir,
- Distraction des Pensées Suicidaires : Engager la personne dans des conversations qui peuvent l’aider à se détourner temporairement de ses pensées suicidaires, comme parler de ses intérêts, de ses proches, ou de ses aspirations futures,
- Techniques de Respiration et de Relaxation : Proposer des techniques de respiration profonde ou de relaxation pour aider à gérer l’anxiété et l’agitation,
- Mise en Place de Limites Sûres : Si nécessaire, établir des limites claires pour assurer la sécurité de la personne, tout en expliquant ces limites avec empathie et soin.
Pour en savoir davantage, contacter la ligne national de prévention du suicide, accessible gratuitement, 24h/24 : 3114, Souffrance, Prévention du suicide
L’identification précoce des signes et une évaluation rigoureuse du risque permettent d’orienter l’intervention et de prévenir efficacement le passage à l’acte.