Ce sont les motifs de consultation les plus fréquents. Loin d’un simple « coup de fatigue », l’anxiété et la dépression associent épuisement physique, ruminations, perte de plaisir, troubles du sommeil et sentiment persistant de ne pas être à la hauteur. En France, le trouble anxieux généralisé touche 6,3 % des adultes sur l’année et l’épisode dépressif caractérisé 15,6 %, avec une surreprésentation nette des femmes, des jeunes adultes et des personnes en situation de précarité.

La place croissante de la dépression dans nos sociétés ne peut se comprendre indépendamment d’une mutation sociale.

En effet, l’accent est mis sur l’individu performant : un individu capable de toujours faire mieux, toujours se dépasser, de s’adapter à un monde instable et imprévisible et d’être heureux. Place à l’action, le sujet contemporain, à présent libre et conquérant se voit ainsi saisi d’une mission, celle de prendre son destin en main  pour obtenir richesse, gloire et beauté, sur fond d’utopie égalitaire.

En effet, la société lui dit que tout est possible mais que c’est à lui de faire des choix et de se dépasser, la puissance est en lui. Une puissance individuelle d’autant plus sacralisée que l’impuissance collective semble s’imposer.

Alors notre contemporain, dans sa fragilité, ses tremblements, sa condition humaine tout simplement, se trouve rapidement dépassé : il ne dispose pas en réalité, des moyens nécessaires pour accéder aux buts valorisés par la société.

Il sera ainsi en proie à un sentiment d’insuffisance et de culpabilité d’insuffisance, au mal-être et à la dépression, conséquences directes de la dichotomie entre le Moi (qui je suis) et l’Idéal du Moi (l’idéal que j’ai de moi et des idéaux imposés par la société.)