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	<title>Psychologie et société - Nathalie Neyrolles</title>
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		<title>Qu&#8217;est ce qu&#8217;une microagression en entreprise ? Définition et repères conceptuels</title>
		<link>https://nathalieneyrolles.fr/microagressions-en-entreprise-definition-et-reperes-conceptuels/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Nathalie Neyrolles]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 03 Jul 2026 05:02:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Psychologie et société]]></category>
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					<description><![CDATA[Les microagressions en entreprise sont des propos ou comportements, souvent involontaires, qui dévalorisent une personne en raison de son appartenance à un groupe (âge, genre, origine, handicap, apparence, etc.). Prises isolément, elles semblent anodines. Répétées, elles constituent un facteur de risque psychosocial documenté, avec des conséquences mesurables sur la santé des salariés et la performance...<p>Lisez plus sur <a href="https://nathalieneyrolles.fr/microagressions-en-entreprise-definition-et-reperes-conceptuels/">Nathalie Neyrolles</a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Les microagressions en entreprise sont des propos ou comportements, souvent involontaires, qui dévalorisent une personne en raison de son appartenance à un groupe (âge, genre, origine, handicap, apparence, etc.). Prises isolément, elles semblent anodines. Répétées, elles constituent un facteur de risque psychosocial documenté, avec des conséquences mesurables sur la santé des salariés et la performance des collectifs de travail.</p>
<h2>De Chester Pierce à Derald Wing Sue : une généalogie scientifique</h2>
<p>Le concept trouve son origine en 1970, lorsque le psychiatre Chester M. Pierce l&#8217;emploie pour décrire les humiliations quotidiennes subies par les personnes noires aux États-Unis. Il est formalisé en 2007 par le psychologue Derald Wing Sue et son équipe de la Columbia University, dans un article de référence publié par l&rsquo;<em>American Psychologist</em>. Une microagression y est définie comme une indignité brève et ordinaire, verbale, comportementale ou environnementale, intentionnelle ou non, qui communique un message hostile, méprisant ou négatif à l&rsquo;égard d&rsquo;une personne en raison de son appartenance à un groupe. <a href="https://www.researchgate.net/publication/232509277_Racial_Microaggressions_and_the_Power_to_Define_Reality" target="_blank" rel="noopener">ResearchGate</a></p>
<p>Le préfixe « micro » ne renvoie pas à une gravité moindre, mais à l&rsquo;échelle de l&rsquo;interaction : il s&rsquo;agit d&rsquo;échanges situés au niveau interindividuel et quotidien, par opposition aux discriminations institutionnelles ou structurelles. Sue et ses collègues distinguent trois formes : le micro-agression consciente et volontaire, la micro-insulte, remarque dévalorisante sans conscience toujours pleine de son auteur, et la micro-invalidation, qui nie ou minimise le vécu de la personne visée.</p>
<h2>Un concept scientifiquement débattu</h2>
<p>La solidité conceptuelle du modèle de Sue n&rsquo;est pas consensuelle dans la littérature académique. Le psychologue Scott Lilienfeld a publié en 2017 une critique méthodologique soutenant que le champ de recherche sur les microagressions manquait de clarté opérationnelle, s&rsquo;appuyait excessivement sur des rapports subjectifs, et n&rsquo;établissait pas de lien causal suffisamment démontré avec la santé mentale des personnes concernées. Monnica Williams lui a répondu en soutenant que le concept restait bien défini et solidement corrélé aux préjugés des auteurs comme aux conséquences sur la santé mentale des cibles. Pour un cabinet de conseil intervenant en entreprise, connaître ce débat permet d&rsquo;aborder le sujet sans dogmatisme : ce qui importe cliniquement n&rsquo;est pas de trancher la controverse théorique, mais de traiter les effets documentés (anxiété, isolement, dégradation du climat) quelle que soit la robustesse exacte du cadre conceptuel qui les nomme (Sage Journals)</p>
<h2>Manifestations concrètes des microagressions au travail</h2>
<p>Ces situations touchent l&rsquo;ensemble des marqueurs de diversité présents dans un collectif de travail : l&rsquo;âge, l&rsquo;apparence physique, la situation de handicap, l&rsquo;identité de genre, l&rsquo;origine ou l&rsquo;appartenance ethnoculturelle, la religion, le sexe, ou le statut socioéconomique. Deux guides institutionnels documentent ces situations en contexte professionnel :</p>
<ul>
<li>l&rsquo;Université de Montréal, dans son <em>Guide d&rsquo;accompagnement — Mettre fin aux microagressions</em> (avril 2025), détaille des scénarios liés à l&rsquo;âge, à l&rsquo;apparence physique, au handicap, à l&rsquo;identité de genre, à l&rsquo;appartenance aux Premiers Peuples, à la race et au sexe ;</li>
<li>la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), dans sa campagne <em>Les microagressions en milieu de travail</em> (2023, financée par la CNESST), propose des exemples centrés spécifiquement sur le monde du travail.</li>
</ul>
<h2>Exemples documentés en contexte professionnel</h2>
<ul>
<li>douter des compétences technologiques d&rsquo;un collègue en raison de son âge, ou à l&rsquo;inverse minimiser la parole d&rsquo;un jeune professionnel faute d&rsquo;ancienneté supposée,</li>
<li>couper la parole à une collaboratrice en réunion pour « reformuler » son propos à sa place ; un phénomène qui rejoint, à une autre échelle, celui documenté sous le nom d&rsquo;effet Matilda, terme forgé par l&rsquo;historienne des sciences Margaret Rossiter en 1993 pour désigner l&rsquo;invisibilisation récurrente des contributions des femmes,</li>
<li>minimiser une demande d&rsquo;aménagement de poste liée à un trouble ou un handicap, en la présentant comme un privilège plutôt qu&rsquo;une mesure d&rsquo;équité,</li>
<li>adresser des remarques répétées sur l&rsquo;origine, l&rsquo;accent ou l&rsquo;apparence d&rsquo;un collègue, sous couvert d&rsquo;humour ou de curiosité.</li>
</ul>
<h2>La récurrence, critère distinctif</h2>
<p>Ce qui distingue la microagression de la maladresse isolée, c&rsquo;est sa répétition. Les deux guides cités mobilisent l&rsquo;image du supplice de la goutte d&rsquo;eau : un incident isolé laisse peu de trace, mais une exposition répétée, parfois plusieurs fois par jour, produit un effet cumulatif comparable à celui d&rsquo;un stress chronique.</p>
<h2>Impact des microagressions sur la santé au travail et l&rsquo;organisation</h2>
<p>Les recherches conduites depuis les travaux de Sue et al. (2007) associent l&rsquo;exposition répétée aux microagressions à une palette de conséquences psychologiques : anxiété, hypervigilance, dévalorisation de l&rsquo;estime de soi, isolement, épuisement émotionnel.</p>
<p>Ces manifestations recoupent les tableaux cliniques que nous détaillons dans notre présentation des <a href="https://nathalieneyrolles.fr/wp-content/uploads/2026/05/Reactions-apres-evenement-difficile-scaled-1.jpegwp-content/uploads/2026/07/microagression-en-entreprise.jpegpsychologue-paris-16/">troubles anxio-dépressifs et de la souffrance subjective contemporaine.</a></p>
<p>Ce constat s&rsquo;inscrit dans un cadre plus large : celui du harcèlement subtil et de l&rsquo;incivilité organisationnelle. Une étude parue en 2017 dans <em>Frontiers in Psychology</em>, relayée par les National Institutes of Health, montre que les incidents de discrimination, de harcèlement, d&rsquo;exclusion ou d&rsquo;incivilité au travail, souvent de nature subtile, ont néanmoins des effets délétères démontrés sur les personnes qui les subissent, et que peu de normes sociales claires encadrent ces comportements au sein des organisations. Les auteurs proposent que les organisations forment leurs cadres à devenir des alliés capables d&rsquo;intervenir et de clarifier les normes proscrivant ces formes subtiles de maltraitance ciblée ; un levier directement transposable à la formation à l&rsquo;encadrement en entreprise.</p>
<p>Ces effets s&rsquo;inscrivent dans le champ des risques psychosociaux (RPS). L&rsquo;INRS rappelle que l&rsquo;exposition à des situations de travail dégradées peut avoir des répercussions significatives sur la santé : troubles anxio-dépressifs, troubles musculosquelettiques, épuisement professionnel.</p>
<ul>
<li>INRS — Risques psychosociaux (RPS) : ce qu&rsquo;il faut retenir : <a href="https://www.inrs.fr/risques/psychosociaux/ce-qu-il-faut-retenir.html">https://www.inrs.fr/risques/psychosociaux/ce-qu-il-faut-retenir.html</a></li>
<li>INRS — Risques psychosociaux au travail et effets sur la santé des salariés : <a href="https://www.inrs.fr/header/presse/cp-expositions-psychosociales-effets-sante.html">https://www.inrs.fr/header/presse/cp-expositions-psychosociales-effets-sante.html</a></li>
</ul>
<p>Sur le plan organisationnel, les mêmes sources rapportent des conséquences en matière d&rsquo;absentéisme, de turnover et de dégradation du climat de travail ; des indicateurs que toute direction des ressources humaines suit déjà, ce qui permet de rattacher la prévention des microagressions à des tableaux de bord existants plutôt qu&rsquo;à un sujet perçu comme périphérique.</p>
<h2>Comment agir face aux microagressions en entreprise ? Leviers individuels, collectifs et organisationnels</h2>
<p><strong>En tant que personne concernée</strong></p>
<p>Il n&rsquo;existe pas d&rsquo;obligation à réagir sur-le-champ : différer, en parler à une personne de confiance, ou solliciter un service de santé au travail sont des options tout aussi légitimes qu&rsquo;une réponse immédiate. Lorsqu&rsquo;une réponse directe est possible, la démarche la plus efficace consiste à demander des clarifications sur l&rsquo;intention, puis à nommer l&rsquo;effet produit, sans placer d&#8217;emblée l&rsquo;échange sur le terrain de l&rsquo;accusation.</p>
<p><strong>En tant que témoin</strong></p>
<p>L&rsquo;inaction contribue à banaliser la microagression. Plusieurs formes d&rsquo;intervention sont documentées et peuvent se combiner : détourner la conversation pour interrompre l&rsquo;échange, nommer directement le caractère problématique du propos, documenter l&rsquo;incident, revenir vers la personne concernée après coup pour valider son vécu, ou solliciter un relais.</p>
<p><strong>En tant qu&rsquo;organisation : une démarche structurée de prévention RPS</strong></p>
<p>La prévention ne repose pas sur la seule bonne volonté individuelle. Elle suppose une démarche structurée : sensibilisation collective, clarification des canaux de signalement, formation de l&rsquo;encadrement à la distinction entre intention et impact, et intégration de cet enjeu dans l&rsquo;évaluation des risques professionnels, au même titre que les autres facteurs de RPS identifiés par l&rsquo;INRS. Lorsque la situation l&rsquo;exige, un <a href="https://nathalieneyrolles.fr/wp-content/uploads/2026/05/Reactions-apres-evenement-difficile-scaled-1.jpegwp-content/uploads/2026/07/microagression-en-entreprise.jpegcellule-soutien-psychologique-entreprise/">dispositif de soutien psychologique en entreprise</a>  peut être activé rapidement.</p>
<p>Lisez plus sur <a href="https://nathalieneyrolles.fr/microagressions-en-entreprise-definition-et-reperes-conceptuels/">Nathalie Neyrolles</a></p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<item>
		<title>La république en masque&#8230;Un danger éthique</title>
		<link>https://nathalieneyrolles.fr/covid-19-la-republique-en-masques/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Nathalie Neyrolles]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 06 Sep 2020 18:57:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Psychologie et société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Lisez plus sur <a href="https://nathalieneyrolles.fr/covid-19-la-republique-en-masques/">Nathalie Neyrolles</a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Pour Emmanuel Lévinas, l&rsquo;expérience d&rsquo;autrui prend la forme d&rsquo;un visage, qui par sa totalité, sa nudité, nous révèle l&rsquo;humanité de l&rsquo;autre. En effet, le visage ne se réduit pas à une tête, tenter de détailler un visage (par un nez, une bouche, etc.), le dé-visager, c&rsquo;est l&rsquo;objectiver et nous perdons le rapport authentiquement éthique que suscite la rencontre avec l&rsquo;autre. Par sa totalité, le visage d&rsquo;autrui nous transporte au-delà du perceptible, vers l&rsquo;idée d&rsquo;infini et c&rsquo;est en ce sens que le visage d&rsquo;autrui est d&#8217;emblée éthique.</p>
<p>En effet, le visage est nu, exposé, offert,  il est ce qu&rsquo;il y a de plus vulnérable chez l&rsquo;homme, il révèle sa misère, sa fragilité, qui oblige, ordonne, supplie qu&rsquo;on réponde de lui : « <em>Le visage s&rsquo;impose à moi sans que je puisse rester sourd à son appel, ni l&rsquo;oublier, je veux dire sans que je puisse cesser d&rsquo;être responsable de sa misère </em>» (E.Lévinas, Humanisme de l&rsquo;autre homme).</p>
<p>Mais aussi, par sa vulnérabilité, le visage d&rsquo;autrui est exposé à la violence de l&rsquo;autre, à cette possibilité du meurtre et cette impuissance appelle aussitôt son injonction fondamentale « <em>tu ne tueras point</em> » : Autrui exige renoncement à la violence.</p>
<p>Le visage nous convoque, exige de l&rsquo;aide, notre sollicitude et nous rappelle notre responsabilité envers autrui. Ainsi, pour E. Lévinas, l&rsquo;éthique est à comprendre comme est un événement de la sensibilité même et c&rsquo;est dans cette fragilité du visage que s&rsquo;inscrit cet impératif éthique.</p>
<p>Ainsi,  l&rsquo;évènement de la rencontre avec autrui nous élève à la condition de sujet qui nous investit sans perturber notre liberté : « <em>La responsabilité, est ce qui exclusivement m&rsquo;incombe et que humainement, je ne peux refuser. Cette charge est une suprême dignité de l&rsquo;unique. (…) Telle est mon identité inaliénable de sujet »</em> (E. Lévinas, Éthique et infini)</p>
<p>Le port du masque nous prive de cette expérience fondamentale que représente la vulnérabilité d&rsquo;un visage et donc de cette dimension éthique. Avec le masque, nous perdons notre identité et notre humanité.</p>
<p>Un article du psychologue Patrick Fagan, paru dans le mensuel britannique <em>the critic, </em>le 28 juillet dernier (Pour lire l&rsquo;article complet : The Critic : Face masks make you stupid)<em>, </em>fait état de plusieurs études concernant le port du masque et les résultats révèlent que le port du masque : nous rend stupides, influençables, dociles et favorise une « régression massive » vers un état  plus primitif de l&rsquo;être, autorisant ainsi l&rsquo;expression des pulsions sexuelles et agressives.</p>
<p>Du point de vue psychanalytique, cela correspond à la diminution du Surmoi (notre conscience morale), donc du principe de réalité au profit du principe du plaisir.</p>
<p>Du point de vue de la neuro-imagerie, les masques inhibent l&rsquo;identité et le contrôle des impulsions qui sont tous deux, associés à la fonction exécutive dans le cortex préfrontal (Glannon, 2005 ; Tacikowski, Berger &amp; Ehrsson, 2017).</p>
<p>Nathalie Neyrolles, 6 septembre 2020</p>
<p>Lisez plus sur <a href="https://nathalieneyrolles.fr/covid-19-la-republique-en-masques/">Nathalie Neyrolles</a></p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<item>
		<title>Covid-19 : Leurre de la santé suprême</title>
		<link>https://nathalieneyrolles.fr/covid-19-leurre-de-la-sante-supreme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Nathalie Neyrolles]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 06 Sep 2020 18:39:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Psychologie et société]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://nathalieneyrolles.fr/covid-19-leurre-de-la-sante-supreme/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Lisez plus sur <a href="https://nathalieneyrolles.fr/covid-19-leurre-de-la-sante-supreme/">Nathalie Neyrolles</a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<h2>&#8230; « Quoi qu&rsquo;il en coûte » :</h2>
<p>Lors d&rsquo;une première allocution le 12 mars dernier au sujet de l&rsquo;épidémie, notre président, Monsieur Emmanuel Macron, affirme que « <em>la priorité absolue pour notre Nation, sera la santé</em> » et de préciser, «<em> La santé n&rsquo;a pas de prix. Le gouvernement mobilisera tous les moyens financiers nécessaires pour porter assistance, pour prendre en charge les malades, pour sauver des vies quoi qu&rsquo;il en coûte</em>« .</p>
<p>Si, pour le philosophe André Comte-Sponville, « <em>une civilisation est en train de naître, celle qui fait de la santé, une valeur suprême </em>» et qu&rsquo;il déplore le « pan-médicalisme, cette idéologie qui attribue tout le pouvoir à la médecine». (Extrait de l&rsquo;interview d&rsquo;André Comte-Sponville publié le 17 avril 2020 par le magazine Le temps), nous ne pensons pas que la santé soit considérée aujourd&rsquo;hui comme une valeur suprême, puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit plutôt de ne considérer qu&rsquo;un aspect de la santé d&rsquo;une part, de cet aspect de la santé au regard de l&rsquo;épidémie d&rsquo;autre part et d&rsquo;une certaine forme de vie :</p>
<h2><strong>Une santé considérée uniquement dans sa dimension biologique</strong> :</h2>
<p>Selon l&rsquo;OMS en effet, «<em>La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d&rsquo;infirmité</em>» et nous pouvons constater de toute évidence, que la dimension mentale et la dimension sociale ont été complètement scotomisées.</p>
<p>En juin dernier, notre ministre de l&rsquo;Économie et des finances, Bruno Le Maire prédisait « une vague de faillites, une vague de difficultés sur le front de l&#8217;emploi très violente » à venir. Il a notamment évoqué la suppression de 800 000 emplois supprimés et 10 % de chômage pour cette année. Des chiffres inquiétants et qui pourraient s&rsquo;aggraver en cas d&rsquo;une deuxième vague de Covid-19.</p>
<p>Si les conséquences sanitaires et économiques de l&rsquo;épidémie sont criantes, il n&rsquo;en reste pas moins que cette crise a également des conséquences psychologiques dévastatrices : forte hausse de l&rsquo;anxiété, des troubles du sommeil, des dépressions, de la consommation des psychotropes et la perspective d&rsquo;une deuxième vague qui s&rsquo;avère être davantage celle des suicides.</p>
<p>Dans les colonnes des Échos du jeudi 10 septembre 2020, en effet, Michel Debout, psychiatre et professeur de médecine légale, spécialiste de la prévention du suicide rappelle « <em>le lien entre crise économique et suicide. C&rsquo;est incontestable, cela a été documenté dès la crise de 1929, et plus récemment lors de la crise de 2008. Il ne faudrait pas qu&rsquo;une crise sanitaire en cache une autre, ajoute-t-il. Et celle-ci pourrait avoir des conséquences dévastatrices non pas sur les personnes âgées, mais sur les travailleurs actifs</em> »</p>
<p>Ce même constat a été également réalisé par Jean-Claude Delgènes, président du cabinet de prévention des risques au travail, Technologia : « <em>Nous assistons à une augmentation des crises suicidaires. En très peu de temps, nous avons eu une dizaine d&rsquo;alertes, dont quatre de grandes sociétés françaises, notamment à propos de tentatives de suicide, dans les secteurs pharmaceutique et bancaire ainsi que dans le domaine de la restauration</em> » (article paru dans L.frii &#8211; Covid-19, les experts alertent sur une possible vague de suicides)</p>
<p>Cette vague de suicides peut déjà s&rsquo;observer à travers le monde, au Japon et en Thaïlande notamment, les études à ce sujet en France sont pour l&rsquo;instant, en cours, mais nous constatons déjà une hausse inquiétante des demandes d&rsquo;intervention sur site en raison d&rsquo;un suicide au sein d&rsquo;une entreprise.</p>
<h2><strong>Cet aspect biologique de la santé au regard de l&rsquo;épidémie </strong></h2>
<p>Il s&rsquo;agit plus précisément donc, de ne considérer la santé, uniquement dans son aspect biologique au regard de l&rsquo;épidémie, puisque d&rsquo;autres maladies sont d&rsquo;une part tout aussi préoccupantes, comme les maladies chroniques, les cancers, les insuffisances cardiaques et respiratoires et d&rsquo;autre part, ces personnes sont d&rsquo;autant plus en proie à des formes graves de la covid-19, comme cela a été précisé lors de cette allocution : «<em> Dans l&rsquo;immense majorité des cas, le Covid-19 est sans danger, mais le virus peut avoir des conséquences très graves, en particulier pour celles et ceux de nos compatriotes qui sont âgés ou affectés par des maladies chroniques comme le diabète, l&rsquo;obésité ou le cancer </em>»  et pourtant, notre président a demandé lors de cette même allocation « <em>à toutes les personnes âgées de plus de 70 ans, à celles et ceux qui souffrent de maladies chroniques ou de troubles respiratoires, aux personnes en situation de handicap, de rester autant que possible à leur domicile. Elles pourront, bien sûr, sortir de chez elles pour faire leurs courses, pour s&rsquo;aérer, mais elles doivent limiter leurs contacts au maximum</em>»… Peut-être, aurait-il fallu préciser, « sans oublier de poursuivre leur suivi médical »,  puisque ce n&rsquo;est que le 7 avril, soit trois semaines plus tard que notre ministre de la santé, Olivier Véran a rappelé dans un tweet, que « <em>Si vous devez faire un dépistage du cancer du sein, faites-le ; Si vous devez faire les vaccins de vos enfants, faites-les ; Si vous avez une maladie chronique nécessitant un suivi, faites-le</em> » &#8230; Peut-être aurait-il aussi fallu préciser « dans la mesure du possible » puisque pour accueillir les patients atteints par la Covid-19 et augmenter les capacités de lits de réanimation,  les hôpitaux ont réorganisé leurs services, déprogrammé les hospitalisations, annulé les opérations chirurgicales, en maintenant au minimum les activités pour les autres malades.</p>
<p>Une <a href="https://www.who.int/fr/news/item/31-08-2020-in-who-global-pulse-survey-90-of-countries-report-disruptions-to-essential-health-services-since-covid-19-pandemic">enquête mondiale menée par L&rsquo;OMS rendue publique le 31 août 2020</a> révèle que 90% des pays ont souffert des perturbations des services essentiels de santé depuis le début de la pandémie. (Étude complète disponible sur le site le l&rsquo;OMS)</p>
<p>Toujours est-il que la covid-19 étant au centre de toutes les préoccupations et la communication concernant la nécessité de poursuivre son suivi médical pour les personnes atteintes d&rsquo;autres pathologies, de toute évidence, très confuse,  beaucoup de patients ont renoncé à se rendre aux urgences ou chez leur médecin de peur de déranger, alors qu&rsquo;il s&rsquo;agissait de cas d&rsquo;urgence, beaucoup de patients on retardé leurs examens ou leur traitement pour le cancer qui se sont révélés fatal par la suite, en plus des détresses psychologiques non prises en charge dont l&rsquo;issue a également été fatale, sans oublier les enfants et les femmes victimes de violence dont le nombre a explosé pendant le confinement. Au total, ce sont des centaines de milliers de vies qui ont été perdues au point de faire dire aux spécialistes du terrain,  que les dommages collatéraux au Covid-19 feront au final, bien plus de morts que les malades de la Covid-19.</p>
<h2><strong>Sauver des vies, « quoi qu&rsquo;il en coûte » :</strong></h2>
<p>Il serait intéressant de se demander d&rsquo;une part quelle forme prend la vie lorsqu&rsquo;elle est réduite à sa dimension biologique, ce que les grecs nomment la « Zôé », c&rsquo;est-à-dire le simple fait de vivre, commun à tous les êtres vivants, distincte du « Bios »  ou la vie qualifiée, qui correspond à la forme ou la façon de vivre propre à un individu ou un groupe et d&rsquo;autre part ce qu&rsquo;il en coûte précisément.</p>
<ul>
<li>
<h3><strong><u>une certaine forme de vie : la vie sacrée </u></strong></h3>
</li>
</ul>
<p>Le droit romain archaïque déclarait en effet <em>homo sacer</em> (homme sacré), un homme qui avait commis un crime tel, qu&rsquo;il ne pouvait être puni autrement que par l&rsquo;élimination sociale et juridique de son auteur. Celui-ci  était dès lors privé de tout droit ; il était celui que l&rsquo;on pouvait alors tuer sans être un criminel mais qu&rsquo;on ne pouvait sacrifier ; à cette absence de protection élémentaire normalement reconnue par l&rsquo;ordre juridique, venait s&rsquo;ajouter, la confiscation des biens, l&rsquo;exclusion des liens de la famille et de la parenté, la déchéance du droit de cité, l&rsquo;exil.</p>
<p>Cette condamnation représentait une mort civile, L&rsquo;<em>homo sacer </em>n&rsquo;était plus un être social, il avait cessé d&rsquo;être un sujet de droit, il devenait un mort-vivant.</p>
<p>N&rsquo;existant plus au niveau juridique et social, il ne lui restait que sa vie biologique, une vie nue (concept de Walter Benjamin reprise par Giorgio Agamben), c&rsquo;est-à-dire le simple fait de vivre.</p>
<p>C&rsquo;est à partir d&rsquo;une enquête généalogique du pouvoir et donc du concept d&rsquo;<em>homo sacer </em>notamment, que le philosophe Giorgio Agamben, reprend différemment la notion de bio-pouvoir (mode spécifique de pouvoir quand la vie entre dans ses préoccupations) de Michel Foucault.</p>
<p>Giorgio Agamben, analyse la structure spécifique du pouvoir souverain, comme une relation spécifique à la vie qu&rsquo;il nomme <em>État d&rsquo;exception</em> et son analyse démontre que cet état d&rsquo;exception  ne constitue pas une mise entre parenthèses temporaire de l&rsquo;État de droit, puisque c&rsquo;est sur elle que repose, depuis l&rsquo;origine, les formes du pouvoir politique en Occident.</p>
<p>La souveraineté ne porte plus sur des sujets de droits mais sur la vie nue, cette vie ou plutôt cette survie lorsqu&rsquo;elle est réduite à sa dimension biologique, cette vie sans dignité, sans droit et sans identité.</p>
<p>Au nom de la vie ou plutôt de cette forme particulière de vie, avons-nous accepté de renoncer à nos libertés, nos habitudes de vies, nos rapports sociaux, au respect de nos anciens et des morts… Une absence totale de valeurs qui peut être tristement illustrée « par les conditions inhumaines de détention » dirons-nous, des personnes dans les EHPAD lors du confinement et récemment lors de la canicule. Dans un article du Parisien pouvait-on lire à ce sujet, le témoignage de la fille d&rsquo;une résidente d&rsquo;un EHPAD qui déplorait les conditions de vie de sa maman lors du confinement et de s&rsquo;exprimer « <em>ma mère  n&rsquo;est pas un chien !</em> ».  Effectivement, nous rappelons que les chiens avaient autorisation de sortie&#8230; Pour le pape François, une société qui ne respecte plus ses anciens, porte le virus de la mort.</p>
<p>Les états d&rsquo;urgence se succèdent, la culture, c&rsquo;est-à-dire « <em>tout ce en quoi la vie humaine s&rsquo;est élevée au-dessus de ses conditions animales et ce en quoi elle se différencie de la vie des bêtes et je dédaigne séparer culture et civilisation </em>» (Freud, Malaise dans la civilisation), est massacrée, tout comme les lieux qui nous permettent d&rsquo;avoir une vie sociale (bars, restaurants, discothèques, salle de sport, etc.), ce qui risque d&rsquo;inscrire durablement notre vie dans une vie nue.</p>
<p>Les questions qui s&rsquo;imposent sont : Peut-on consentir à réduire notre vie à une vie nue ? N&rsquo;est-il pas urgent de repenser les valeurs qui nous portent, qui nous guident et qui nous permettent de donner un véritable sens à notre vie afin qu&rsquo;elle vaille la peine d&rsquo;être vécue ?</p>
<p> </p>
<p>Nathalie Neyrolles, 6 septembre 2020</p>
<p>Lisez plus sur <a href="https://nathalieneyrolles.fr/covid-19-leurre-de-la-sante-supreme/">Nathalie Neyrolles</a></p>]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Souffrance au travail</title>
		<link>https://nathalieneyrolles.fr/souffrance-au-travail/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Nathalie Neyrolles]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 06 Jun 2020 04:34:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Psychologie et société]]></category>
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					<description><![CDATA[Souffrance au travail : comprendre les mécanismes psychiques et organisationnels L’impact de l’économie sur le fonctionnement psychique peut s’apprécier au regard du travail. En effet, comme le mentionne Christophe Dejours dans son article Travail, modernité et psychanalyse. En effet, Il est possible de localiser des situations où le fonctionnement psychique est directement soumis à l&#8217;épreuve...<p>Lisez plus sur <a href="https://nathalieneyrolles.fr/souffrance-au-travail/">Nathalie Neyrolles</a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<h2>Souffrance au travail : comprendre les mécanismes psychiques et organisationnels</h2>
<p>L’impact de l’économie sur le fonctionnement psychique peut s’apprécier au regard du travail. En effet, comme le mentionne Christophe Dejours dans son article Travail, modernité et psychanalyse. En effet, Il est possible de localiser des situations où le fonctionnement psychique est directement soumis à l&rsquo;épreuve du réel de l&rsquo;économique, à l&rsquo;évolution des rapports de domination dans la société et où l&rsquo;on voit comment la domination sociale se reproduit à l&rsquo;intérieur du fonctionnement psychique individuel. Cette clinique, nous dit-il, est celle du travail. Il constitue le médiateur central entre fonctionnement psychique et économie.</p>
<p>Ce sont par les nouvelles méthodes de management, les nouvelles formes d’organisation et de gestion des entreprises que l’économique parvient à avoir une prise sur le fonctionnement psychique, nous dit Christophe Dejours et de préciser «très précisément (…) par l&rsquo;évaluation individuelle des performances et les contraintes individualisées de rentabilité. »</p>
<p>Chaque travailleur est en effet soumis à l’évaluation de sa performance, de sa productivité et de sa rentabilité.</p>
<p>En effet, pour atteindre l’objectif, Il faut toujours aller plus vite, toujours se dépasser, sous peine de ne plus être rentable donc inutile et remercié : l’évaluation des performances devient une menace et force est de constater que ce système fonctionne.</p>
<p>Mais un système ne fonctionne pas tout seul : pour que le système de management fonctionne, il faut des personnes pour le mettre en place, l’adapter dans chaque entreprise, chaque service, chaque poste de travail.</p>
<p>Ensuite, Il faut des personnes pour assurer sa pérennité, son efficacité et son emprise et Christophe Dejours de préciser « Beaucoup de gens collaborent à son succès. Pas seulement des cadres de direction mais aussi des cadres subalternes, des techniciens, des contremaîtres, voire des opérateurs de la base.</p>
<p>Mais aussi, pour que le système fonctionne, il faut des masses de formateurs pour préparer les uns à subir, les autres à exercer l&rsquo;évaluation, voire pour faire passer dans de nombreuses situations de travail des méthodes proches de l&rsquo;évaluation que sont la “qualité totale” ou “l&rsquo;auto-contrôle”.</p>
<p>« De fait on est inévitablement conduit à reconnaître que des masses de braves gens sont, dans le cadre de la modernité néo-libérale, invités à apporter, dans le travail, par le travail et pour le travail, leur concours à des actes qui consistent à intimider autrui, à menacer, à faire peur, mais aussi à dresser la liste des futurs licenciés, à mettre au point des “plans sociaux”, à effectuer les dégraissages d&rsquo;effectifs, à faire des “crocs en jambe” aux collègues, etc. c&rsquo;est-à-dire à commettre des actes injustes contre autrui. » Christophe Dejours.</p>
<h3>Souffrance éthique : quand le travail entre en conflit avec les valeurs</h3>
<p>Lorsqu’un sujet accepte sa participation à un système alors qu’il est contraire à ses valeurs morales, il doit faire la douloureuse expérience de sa faiblesse morale, que sa peur d’être victime de ce système fait de lui un lâche qui s’incline sans contester et qui participe à sa réussite.</p>
<p>Cette souffrance, Christophe Dejours, la nomme souffrance éthique : « cette souffrance, je la qualifierais de souffrance éthique, c&rsquo;est-à-dire de souffrance spécifiquement en rapport avec le conflit moral dans lequel je suis pris. »</p>
<p>Cette adhésion provoque également une angoisse. En effet, cela crée un doute radical sur la personne elle-même, sur ses convictions, ses choix, une perte de son identité, voire une décompensation psychopathologique.  Christophe Dejours  précise : « Et c&rsquo;est ce qui arrive : certains sujets ne parviennent pas à contrôler cette angoisse et basculent dans la dépression. Parmi eux, certains aujourd&rsquo;hui se suicident. »</p>
<p>Mais il s’agit là d’une minorité, puisque la plupart des personnes parviennent très bien à s’y adapter. Ces personnes ont pourtant une conscience morale, mais ils y parviennent grâce à des stratégies défensives appelées stratégies collectives de défense. « Il s&rsquo;agit de défenses contre la souffrance qui ont la particularité d&rsquo;être bâties et entretenues collectivement, grâce à un intense travail de construction de règles qui encadrent les comportements, les discours, les interdits, etc. (…) Elles ont en commun d&rsquo;engourdir la conscience morale, (…). On parvient ainsi à cliver le fonctionnement cognitif soumis aux seules épreuves de la rationalité instrumentale (efficacité, productivité, qualité, etc.), de la pensée réflexive, sur la portée de son propre comportement vis-à-vis de l&rsquo;autre, pensée qui est neutralisée, paralysée, engourdie. » Christophe Dejours, Travail, modernité et psychanalyse</p>
<h4><strong>Du paradoxe des attentes :</strong></h4>
<p>Autrefois source d’épanouissement, le travail devient aujourd’hui de plus en plus « risqué », la mise en place de la prévention des risques psychosociaux en témoigne. En effet, la notion de « risques » renvoie à la notion de danger et le problème devient grave puisque le travail peut aussi tuer, comme en témoigne la série de suicides chez Orange en 2014.</p>
<p>Paradoxalement, nos contemporains attendent aujourd’hui, beaucoup du travail, beaucoup plus qu’il ne peut leur offrir.</p>
<p>Cette attente démesurée, est une réponse nous semble-t-il à un contexte de délitement des liens, de frustrations grandissantes (conséquences directes entre la dichotomie des buts valorisés par la société et les moyens pour y parvenir), d’absences de projets et de rêves de nos contemporains.</p>
<p>Dès lors, les personnes souhaitent que le travail vienne compenser le reste de leur vie, « Ils y nourrissent l’espoir non pas seulement de survivre dans un contexte, mais de pouvoir enfin produire du contexte pour vivre. » (Yves Clot dans son article Clinique du travail et de l’activité.)</p>
<p>Paradoxe que constate également le journaliste, essayiste et philosophe André Gorz, « jamais la fonction irremplaçable, indispensable du travail en tant que source de lien social, de cohésion sociale, d’intégration, de socialisation, d’identité personnelle, de sens n’aura été invoquée aussi obsessionnellement que depuis qu’il ne peut remplir aucune de ces fonctions. »</p>
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		<title>Prise en charge de la souffrance psychique : Contexte et les différentes approches</title>
		<link>https://nathalieneyrolles.fr/prise-en-charge-de-la-souffrance-psychique-les-differentes-approches-therapeutiques/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Nathalie Neyrolles]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Jun 2020 11:29:50 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Psychologie et société]]></category>
		<category><![CDATA[Repères psychologiques]]></category>
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					<description><![CDATA[La souffrance psychique en France : La feuille de route en santé mentale de notre ancienne ministre de la santé (28 juin 2018) fait état d’une situation préoccupante des personnes en souffrance psychique en France : un taux de suicide élevé (8948 décès par suicide ont été enregistrés en 2015 en France Métropolitaine, soit 25 par jour...<p>Lisez plus sur <a href="https://nathalieneyrolles.fr/prise-en-charge-de-la-souffrance-psychique-les-differentes-approches-therapeutiques/">Nathalie Neyrolles</a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<h2><strong>La souffrance psychique en France :</strong></h2>
<p>La feuille de route en santé mentale de notre ancienne ministre de la santé (28 juin 2018) fait état d’une situation préoccupante des personnes en souffrance psychique en France :</p>
<ul>
<li>un taux de suicide élevé (8948 décès par suicide ont été enregistrés en 2015 en France Métropolitaine, soit 25 par jour contre 9 pour les accidents de la route),</li>
<li>200 000 passages aux urgences pour tentatives de suicide par an,</li>
<li>2,4 millions de personnes pris en charge en établissements de santé mentale</li>
<li>20,5 millions d’actes en ambulatoire en 2015</li>
<li>un coût économique et social de 109 milliards d’euros.</li>
</ul>
<p>Il est question ensuite de promouvoir la santé mentale « <em>dans une dynamique d’empowerment »</em>.</p>
<p>L’empowerment est un processus par lequel l’individu acquiert du pouvoir d’agir, un renforcement de son pouvoir d’action. Paul Ricoeur propose la notion de « <em>capabilité</em> » pour mettre au premier plan la capacité d’action de chacun dans le cadre de la prise en charge de sa santé mentale.</p>
<p>C’est donc à partir de ce postulat tonique de l’empowerment des personnes en souffrance psychique, que nous proposons faire état du contexte dans lequel s&rsquo;inscrit cette prise en charge  avant de détailler les principales approches thérapeutiques dont ces personnes disposent à ce jour, afin de faciliter leur choix thérapeutique.</p>
<h2><strong>Contexte de la prise en charge de la souffrance psychique  : </strong></h2>
<p>Avant d’aborder les principales approches thérapeutiques, posons tout d’abord le cadre de cette prise en charge, en abordant deux idéologies dominantes dans notre société : le <strong>scientisme</strong> et le <strong>néolibéralisme</strong>, ceci, afin  de mieux saisir non seulement l’objet mais aussi l’objectif de chaque thérapie.</p>
<p>Nous aborderons ensuite les thérapies comportementales et cognitives (TCC), les médicaments psychotropes, la thérapie de pleine conscience, pour terminer avec notre approche, la thérapie analytique.</p>
<h3><strong>Le scientisme : </strong></h3>
<p>Le scientisme, issu du positivisme, est une idéologie selon laquelle, tous les problèmes qui concernent l’humanité peuvent être résolus selon le paradigme de la méthode scientifique. Il s’agit dès lors d’ « <em>organiser scientifiquement l’humanité</em>» (Ernest Renan) ; l’esprit et les méthodes scientifiques devant être étendues à tous les domaines de la vie intellectuelle et morale.</p>
<p>La connaissance scientifique est ici considérée comme la connaissance absolue, elle est la seule source fiable de savoir sur le monde, par opposition à toutes les autres formes de savoir.</p>
<p>L’espoir du scientisme est que les progrès de la science supprimeront toute la part d’inconnu dans le monde et dans l’homme.</p>
<p>Le terme scientisme a été employé pour la première fois par le biologiste Félix Le Dantec (1869-1917), qui le lança notamment dans un article paru en 1911 dans la Grande Revue :</p>
<p><em>« Je crois à l&rsquo;avenir de la Science : je crois que la Science et la Science seule résoudra toutes les questions qui ont un sens ; je crois qu&rsquo;elle pénétrera jusqu&rsquo;aux arcanes de notre vie sentimentale et qu&rsquo;elle m&rsquo;expliquera même l&rsquo;origine et la structure du mysticisme héréditaire anti-scientifique qui cohabite chez moi avec le scientisme le plus absolu. Mais je suis convaincu aussi que les hommes se posent bien des questions qui ne signifient rien. Ces questions, la Science montrera leur absurdité en n&rsquo;y répondant pas, ce qui prouvera qu&rsquo;elles ne comportent pas de réponse.</em> »</p>
<p>Le scientisme a envahi aujourd’hui tous les domaines de la vie : la santé mentale, l’éducation, l’économie, le gouvernement, etc.</p>
<p>Pour apprécier l’état d’esprit des adeptes du scientisme, prenons le domaine de l’éducation et citons la réponse du psychologue cognitiviste et neuroscientifique Stanislas Dehaene, président du Conseil scientifique de l’enseignement,  « au problème difficile » de la conscience que se pose Chalmers.</p>
<p>Rappelons tout d’abord que le problème difficile de la conscience pour Chalmers est celui qui se heurte à la question : pourquoi certains organismes sont-ils les sujets d’expériences de conscience phénoménale ? C’est-à-dire comment expliquer la subjectivité de la conscience, conçue à priori comme ineffable ? Pourquoi, en d’autres termes les <em>qualia</em>, ces émotions, ces sentiments, toutes ces qualités ressenties de certains de nos états mentaux lors d’expériences conscientes? Pourquoi ne sommes nous pas tout simplement des robots effectuant des tâches cognitives ?</p>
<p>Face à ce questionnement, réponse de Stanislas Dehaene:</p>
<p>« <em>Une fois revisité à l’aune des neurosciences cognitives et de l’informatique, le problème difficile de Chalmers s’évaporera sans laisser de traces. Ce ne sera pas la première fois que la science remettra en cause nos intuitions les plus sûres (pensez au lever de soleil, qui est en fait une rotation de la Terre dans le sens opposé). Dans quelques décennies, la notion même de qualia, ces quanta d’expérience pure, dépourvus de tout rôle dans le traitement de l’information, sera considérée comme une idée étrange de l’ère préscientifique&#8230; » (</em>Le code de la conscience, S.Dehaene)</p>
<p>Les adeptes du scientisme en santé mentale, ce sont par exemple les « experts » de la fondation FondaMental,  « <em>Hébergés au sein de services hospitaliers, construits autour d’équipes pluridisciplinaires, spécialisées par pathologie, ces centres  utilisent tous les mêmes standards d’évaluation et s’attachent à faire bénéficier les patients des approches diagnostiques et thérapeutiques les plus innovantes, dans le délai le plus court possible</em> », et permet d’identifier « <em>pour chaque patient les anomalies biologiques à l’origine de sa maladie, afin de poser un diagnostic précis  à partir d’une simple prise de sang, d’une imagerie cérébrale, pour lui donner d’emblée le traitement le plus efficace ».</em></p>
<p>Les souffrances de l’être étant appréciées dorénavant selon le modèle de la maladie organique, la démarche diagnostique et thérapeutique sera la même que pour toute autre anomalie du corps : Plus de place dès lors pour la singularité : il s’agit de standardiser le vivant, le patient en souffrance, est conçu sans intériorité et sans histoire personnelle, réduit à sa pathologie dont l’origine est forcément génétique ou biologique.</p>
<p>Vision extrêmement réductionniste de l’être puisque l’homme est un être bio-psycho-social : dans les manifestations de sa souffrance, son psychisme n’est pas séparable de son environnement (culturel, social, professionnel) et de son histoire.</p>
<p>Mais surtout, avec le scientisme, on s’est détourné, comme le constate Husserl, des questions qui pour une humanité authentique, sont des questions décisives.</p>
<p>En effet, les sciences dites « dures » n’apportent aucune réponse face au mal profond de vivre de nos contemporains, aucune réponse à la souffrance existentielle face au tragique de notre condition humaine, aucun repère pour donner du sens à une vie qui semble de plus en plus insensée.</p>
<p><em>« Dans la détresse de notre vie, cette science n&rsquo;a rien à nous dire. Les questions qu&rsquo;elle exclut par principe sont précisément les questions qui sont les plus brûlantes à notre époque malheureuse pour une humanité abandonnée aux bouleversements du destin : ce sont les questions qui portent sur le sens ou sur l&rsquo;absence de sens de toute cette existence humaine. » (Husserl, La Krisis)</em></p>
<p>Les sciences resteront des données abstraites et aucune réalité humaine n’est réductible à cela.</p>
<h3><strong>L’idéologie néolibérale :</strong></h3>
<p>Mise en place dans les années 80, M. Thatcher en avait fixé l’objectif : « Economics are the method. The object is to change the soul »</p>
<p>Ceci est important, et nous allons voir comment la loi du marché est parvenue à rentrer, insidieusement, à l’intérieur de nos cerveaux, mais aussi, parce qu&rsquo;il faut comprendre que le néolibéralisme ne structure pas seulement l’économie, mais l’ensemble des activités sociales au point de constituer <em>« Une certaine norme de vie dans les sociétés occidentales (&#8230;). Cette norme enjoint à chacun de vivre dans un univers de compétition généralisée, (&#8230;) [et] transforme jusqu&rsquo;à l&rsquo;individu, appelé désormais à se concevoir comme une entreprise</em> » ( C.Laval, P. Dardot, La nouvelle raison du monde. Essai sur la société néolibérale).</p>
<p>Le psychiatre Mathieu Bellashen, dans son livre <em>La santé mentale</em>, <em>vers un bonheur sous contrôle</em>, s’est intéressé à l’évolution du concept de santé mentale. Ainsi constate-t-il à travers la nouvelle définition de la santé mentale, que les normes de l’idéologie néolibérale se trouvent à l’intérieur même de sa définition :</p>
<p>Ainsi, pour l’Organisation Mondiale de la Santé :</p>
<p>« <em>La santé mentale et le bien-être mental sont des conditions fondamentales à la qualité de la vie, à la productivité des individus, des familles, des populations et des nations, et confèrent un sens à notre existence tout en nous permettant d’être des citoyens à la fois actifs et créatifs</em> », (2005)</p>
<p>Puis l’OMS précise en 2018 : « <em>La santé mentale est un état de bien-être dans lequel une personne peut se réaliser, surmonter les tensions normales de la vie, accomplir un travail productif et contribuer à la vie de sa communauté. Dans ce sens positif, la santé mentale est le fondement du bien-être d’un individu et du bon fonctionnement d’une communauté.</em> »</p>
<p>Pour le Centre d’analyse stratégique, il estime qu’ « <em>Une personne en bonne santé mentale est quelqu’un qui se sent suffisamment en confiance pour s’adapter à une situation à laquelle elle ne peut rien changer</em> » (2010)</p>
<p>Quant au livre vert de l’Union Européenne, nous pouvons lire que la prise en compte de la santé mentale permet d’ « <em>d’améliorer la disponibilité des ressources économiques</em> » (2005)</p>
<p>Ainsi, à travers l’évolution du concept, nous saisissons qu’il s’agit moins de la santé mentale des individus dont il est question mais davantage de la santé d’un modèle économique et social, en l’occurrence, le système néolibéral.</p>
<p>La santé mentale ne s’intéresse plus seulement aux maladies mentales, définies par un ensemble de symptômes, mais elle inclut aussi désormais  la capacité de s’adapter à un système puisque derrière le bien-être, c’est le degré de consentement et de soumission des individus au modèle néolibéral qui est ainsi en réalité mesuré.</p>
<p>Ainsi, aujourd’hui « <em>La santé mentale dans sa forme actuelle est un processus de normalisation visant à transformer le rapport des individus, des groupes et de la société dans le sens d’une adaptation à une économie concurrentielle vécue comme naturelle</em> » (Mathieu Bellashen, <em>La santé mentale, vers un bonheur sous contrôle</em>, 2014)</p>
<h4><strong>Comment cette adaptation peut-elle être vécue comme naturelle ?</strong></h4>
<p>Dans son article, <em>Les mécanismes psychosociaux de l’aliénation néolibérale</em>, le psychiatre Olivier Labouret s’est demandé comment la loi du marché était parvenue à rentrer, sournoisement, à l’intérieur de nos cerveaux.</p>
<p>C’est ainsi, qu’il constate que le gouvernement ne se contente plus de travailler avec des économistes mais avec  des neuro-économistes : ce sont des économistes qui ont rajouté d’autres cordes à leur arc, à savoir les techniques comportementales et les neurosciences, afin de pourvoir véritablement « <em>rentrer dans le cerveau du consommateur</em> » pour orienter et influencer les choix économiques.</p>
<p>Ainsi, « <em>l’idéologie comportementale et cognitive, qui considère que l’individu, réduit à un instrument de traitement de l’information, peut être conditionné dans ses choix par un ensemble de sanctions et de récompenses, la bonne vieille méthode de la carotte et du bâton, est devenue une idéologie d’Etat pour les gouvernements néolibéraux : à travers un ensemble de techniques de propagande, il leur est possible aujourd’hui non seulement de conformer le comportement de chacun aux normes du marché, mais surtout de favoriser leur intégration cognitive, pour en faire une loi naturelle, incontestable&#8230; Quiconque y déroge, dorénavant, peut être ainsi déclaré objectivement, scientifiquement, souffrant sinon malade, et relever d’un traitement psychologique, et médical.</em> » (Oliver Labouret, Les mécanismes psychosociaux de l’aliénation néolibérale)</p>
<h2>Les différentes approches thérapeutiques : </h2>
<h3><strong>Les thérapies comportementales et cognitives (TCC) :</strong></h3>
<p>Bref historique des TCC : fin des années 50, en réponse à l’insatisfaction face à l’abstrait de l’approche introspective, la thérapie comportementale se veut objective et choisit comme objet d’étude le comportement humain, seule donnée observable, quantifiable, digne d’une approche scientifique.</p>
<p>Pour cela ce sont deux scientifiques qui serviront de modèles théoriques, il s’agit de Pavlov, avec son conditionnement répondant et Skinner, avec son conditionnement opérant.</p>
<p>Considérant ensuite que l’étude unique du comportement était insuffisante pour comprendre la complexité humaine, il s’agissait subséquemment de prendre en compte la façon dont l’individu traite l’information et c’est sur le modèle de l’ordinateur (c’est pendant cette même période que la cybernétique se développe) que la thérapie cognitive se basera pour comprendre la pensée humaine.</p>
<p>La cognition signifie la façon dont un sujet traite l&rsquo;information pour avoir accès à la connaissance, qui, selon le modèle de l’ordinateur permet de définir le trajet suivant : perception – attention – traitement cognitif – catégorisation – mémorisation (encodage, stockage, récupération) – raisonnement – communication.</p>
<p>En d’autres termes, les TCC sont des méthodes d’apprentissage basés sur le conditionnement et le traitement de l’information dont l’ordinateur est le modèle.</p>
<p>L’objectif est de normaliser un comportement ; citons la définition qu’en donne l’association française des thérapies comportementales et cognitives (AFTCC): «<em> (…) support théorique : la démarche scientifique expérimentale et les théories de l&rsquo;apprentissage. En situation clinique, un comportementaliste considère qu&rsquo;un comportement inadapté (par exemple une phobie) a été appris dans certaines situations, puis maintenu par les contingences de l&rsquo;environnement. La thérapie cherchera donc, par un nouvel apprentissage, à remplacer le comportement inadapté par celui que souhaite le patient. Le thérapeute définit, avec le patient, les buts à atteindre et favorise ce nouvel apprentissage en construisant une stratégie adaptée »</em></p>
<p>Concernant le rapport de l’INSERM de 2004 portant sur l’évaluation des psychothérapies, nous citons : «<em>Les thérapies comportementales et cognitives représentent l&rsquo;application à la pratique clinique de principes issus de la psychologie expérimentale. Ces thérapies se sont fondées tout d&rsquo;abord sur les théories de l&rsquo;apprentissage : conditionnement classique, conditionnement opérant et théorie de l&rsquo;apprentissage social. Puis elles ont pris pour référence les théories cognitives du fonctionnement psychologique, en particulier le modèle du traitement de l&rsquo;information. Les principes du conditionnement classique (répondant ou pavlovien) sont fondés sur la notion qu&rsquo;un certain nombre de comportements résultent d&rsquo;un conditionnement par association de stimuli »</em></p>
<p>Les « thérapies » comportementales et cognitives forment un ensemble de techniques d’apprentissage et de conditionnement : il serait dès alors plus juste, nous semble-t-il, de parler de méthode d’apprentissage et de conditionnement plutôt que de psychothérapie.</p>
<h3><strong>Les médicaments psychotropes :</strong></h3>
<p>Les médicaments psychotropes, qui regroupent un ensemble hétérogène de molécules, ont comme point commun d&rsquo;être des substances qui vont modifier l’activité psychique en agissant sur les mécanismes biochimiques du cerveau. Mais l’action des psychotropes est d&rsquo;action exclusivement symptomatique, c&rsquo;est-à-dire <strong>qu&rsquo;ils n&rsquo;agissent pas sur la cause des troubles</strong> : ils ont pour objectif de lever le symptôme, de soulager temporairement mais pas de soigner. C’est la raison pour laquelle, il est nécessaire qu’ils viennent en complément d’une psychothérapie.</p>
<p>Ils se classent en cinq catégories :</p>
<ul>
<li><strong>les antidépresseurs</strong>, qui ont pour propriété de stimuler l’activité psychique voire de l’exciter. Ils sont utilisés dans le traitement des dépressions.</li>
<li><strong>Les régulateurs d’humeur</strong> (ou thymorégulateurs ou normothymiques),  utilisés dans le traitement des troubles bipolaires et certaines dépressions,</li>
<li><strong>Les anxiolytiques</strong> (ou tranquillisants), utilisés pour soulager les troubles anxieux mais aussi les troubles du sommeil,</li>
<li><strong>les hypnotiques</strong> (ou somnifères), pour l’Induction ou maintien du sommeil,</li>
<li><strong>les neuroleptiques</strong>, utilisés dans le traitement des psychoses principalement. Ils peuvent avoir une fonction sédative (pour diminuer l’agitation ou l’agressivité), anti-délirantes ou désinhibantes (pour enlever une certaine passivité du patient)</li>
</ul>
<p>Leur croissant succès vient du fait que les médicaments psychotropes répondent parfaitement à l’individu de la performance et du manque de temps, malgré le fait qu’ils s’avèrent être peu efficaces et présentent de nombreux effets secondaires.</p>
<p>La démarche du médecin prescripteur consiste à se référer au DSM-5 (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) : ce manuel élaboré par l’Association des Psychiatres Américains est devenu depuis les années 80, la référence unique au niveau mondial, des pathologies mentales.</p>
<p>Depuis sa création en 1952, le nombre de pathologies n’a cessé d’augmenter et les seuils de référence à la normalité, revus à la baisse. Le Collectif Initiative pour une Clinique du Sujet STOP DSM, nous informe que pour l’élaboration de la dernière version du DSM-5 les deux tiers des experts ayant participé à son élaboration, ont des intérêts financiers avec les laboratoires pharmaceutiques.</p>
<p>Cette dernière version compte plus de 400 catégories de pathologies mentales, tendant ainsi à pathologiser tous les comportements humains. La prochaine version prévoit même d’y inclure des catégories prédictives, c’est-à-dire recensant à l’avance les futurs troubles afin de les soigner préventivement.</p>
<p>Il est certain que la vie nous impose parfois des épreuves où il s’agit d’accepter l’inacceptable et de supporter l’insupportable : les médicaments psychotropes sont alors nécessaires et utiles pendant une période qui doit être la plus courte possible ; dans le traitement de certaines psychoses également, les médicaments psychotropes s’avèrent être d’une aide précieuse.</p>
<p>Mais c’est  l’usage abusif et prolongé de ces substances qui est dangereuse et préoccupante, en plus de porter atteinte aux possibilités dynamiques et évolutives des personnes.</p>
<p>C’est la raison pour laquelle, nous conseillons aux personnes qui envisagent de prendre un traitement psychotrope de se référer aux sites :</p>
<ul>
<li>Prescrire :  <a href="http://www.Prescrire.org">www.Prescrire.org</a> , qui propose un ensemble d’informations rigoureuses et fiables au sujet des médicaments et leurs réels effets secondaires ainsi que les stratégies de soins, afin d’agir en connaissance de cause. De plus Prescrire est financé par ses abonnés : ni subvention, ni publicité, ni actionnaire, ni sponsor,</li>
<li>Base de données publiques des médicaments :  <a href="http://base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr">http://base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr</a></li>
</ul>
<h3><strong>La thérapie de pleine conscience ( Mindfulness)</strong></h3>
<p>La thérapie de pleine conscience (ou mindfulness) est l&rsquo;une des techniques faisant partie de la « 3ème vague » des Thérapies Comportementales et Cognitives (TCC). « <em>La pleine conscience consiste à se rendre compte de ce qu’il se passe au moment où ça se passe, sans préférence.</em> » (Rob Nairn)</p>
<p>Il s’agit donc :</p>
<ul>
<li>D’être attentif à tout ce qui est éprouvé dans l&rsquo;instant présent : perceptions sensorielles, pensées, émotions, etc&#8230;</li>
<li>D’autoriser le déroulé de ces expériences, incluant les pensées, les comportements, les impulsions à agir, sans y réagir automatiquement.</li>
</ul>
<p>En procédant ainsi, la thérapie de pleine conscience permet de mieux gérer les émotions, notamment de réduire le stress.</p>
<p>Se concentrer sur le moment présent, demande effectivement un travail d’apprentissage puisque notre cerveau en mode par défaut, c’est-à-dire le mode qui s’active lorsque nous laissons libre court à nos pensées, a cette fonction particulière d’anticiper le futur, à partir de souvenirs autobiographiques,  « <em>Cette projection de soi par anticipation serait un élément-clé de l’activité cérébrale au repos </em>», constate Gaël Chételat, directrice de recherche au CHU de Caen. Le mode par défaut, qui est associé aux activités mentales d’introspection et de référence à soi, se trouve dès lors brusquement modifié avec la pleine conscience.</p>
<p>Aussi, il existe différents types de méditation qui auront chacune, des effets différents sur le cerveau. Ainsi, par exemple, la pleine conscience ne se confond pas avec la méditation transcendantale, qui elle, est une technique n’impliquant aucun effort, aucune concentration, aucun contrôle de l’esprit pour lui permettre de se mettre progressivement en silence, de « transcender », c’est-à-dire, aller au-delà de l’activité constante de l’esprit pour se fondre naturellement dans l’être. Cette technique de méditation serait particulièrement efficace pour la gestion du stress post-traumatique.</p>
<p>Inspirée de la méditation bouddhiste, la méditation de pleine conscience s’en éloigne assez rapidement puisque dans la méditation bouddhiste, l’objectif est de réveiller la puissance spirituelle en se détachant de toute matérialité et permettre à l’esprit d’exalter l’une des quatre grandes vertus qu’est <em>la mettâ</em>  (attitude altruiste d’amour et d’amitié dépourvu d’intérêt personnel, infinie bonté), pour la pleine conscience, comme le constate David Forbes (dans un article paru dans The Guardian, <em>How capitalism captured the mindfulness industry &#8211; Comment le capitalisme a capturé l’industrie de la pleine conscience</em>), il s’agit davantage de la récupération capitaliste de la méditation orientale.</p>
<p>Avec en effet,  un marché à plus d’un milliard d’euros, de part des séminaires payants, des livres, des CD, des émissions radio, coaching et applications sur le mobile, pour David Forbes, la méditation de pleine conscience est devenue un outil anti-stress pour l’individu au sein d’une société néolibérale dominée par des multinationales qui visent toujours davantage de profits, au détriment de la santé des salariés.</p>
<p>Beaucoup de grandes entreprises proposent en effet à leurs salariés des séances de pleine conscience, ce qui permet de faire l’économie d’une remise en question des causes sociales de ce stress en l’attribuant à une responsabilité individuelle. Il en revient en effet au salarié de s’adapter aux différentes restructurations de l’entreprise, de s’adapter au nouveau mode de management, de s’adapter à la nouvelle charge de travail et <em>la thérapie de pleine conscience</em> permet une baisse de la charge de travail perçue (puisque le salarié se concentre sur le travail qu’il a à faire, sans penser à tout ce qui lui reste à faire), une meilleure acceptation des situations de travail, une meilleure capacité à rester calme et lucide pendant les moments de crises, bref, la thérapie de pleine conscience permet rester docile et de s’adapter à un système économique sans le remettre en cause.</p>
<p>Pourtant, les études portant sur les bienfaits de la pleine conscience manquent cruellement de preuves scientifiques.</p>
<p>C’est en effet, ce que révèle l’étude publié le 10 octobre 2017, dans la revue scientifique <em>Perspective and Psychological Science</em>  par le psychologue clinicien et chercheur à l’université de Melbourne, Nicholas Van Dam et ses collègues, intitulé « <em>Mind the Hype: A Critical Evaluation and Prescriptive Agenda for Research on Mindfulness and Meditation”</em> : absence d’essais randomisés, non-respect du protocole en double aveugle, etc.</p>
<p>Ce manque de validité scientifique était déjà reconnu par son fondateur, John Kabat Zin, lors d’une conférence à l’université de médecine de Strasbourg en 2016 : « <em>toutes ces recherches ont aidé à populariser la méditation de la pleine conscience, même si beaucoup d’entre elles ne respectaient pas les plus hautes exigences scientifiques</em> »</p>
<p>En réalité, <a href="http://lecerveau.mcgill.ca/flash/d/d_07/d_07_cl/d_07_cl_tra/d_07_cl_tra.html">toute activité répétée modifie le cerveau</a> : apprendre à jouer du piano, apprendre une nouvelle langue, jouer à des jeux vidéo, etc., toutes ces actions répétées ont pour effet de sélectionner et de renforcer les connexions entre ces différents circuits du cortex. Dans la pleine conscience, c’est l’action répétée de l’attention qui se trouve ici renforcée. </p>
<p>Pour Nicholas Van Dam,  la méditation de pleine conscience est « <em>un outil de bien-être en entreprise, une pratique éducative largement mise en œuvre et «la clé pour construire des soldats plus résilients</em>» (texte original issu de son étude : « <em>( …) tool of corporate well-being, widely implemented educational practice, and « key to building more resilient soldiers</em>. »)</p>
<h3><strong>La thérapie analytique : </strong></h3>
<p>À l’inverse des approches précédentes, la psychanalyse est une discipline humaine, elle ne considère pas l’homme comme une machine, ni ne le réduit au fonctionnement de son cerveau ou à la somme de ses comportements, mais considère l’homme dans sa globalité somato-psychique, dans sa singularité et aux prises avec son environnement.</p>
<p>En psychanalyse, le symptôme est considéré comme la solution (malheureuse) que le sujet a trouvée pour faire face à une situation et son impossibilité d’agir autrement : le travail thérapeutique aura pour objectif de comprendre tout d’abord cette façon particulière d’être au monde et de lui permettre, grâce à une meilleure connaissance de soi, d’ouvrir un éventail de possibles, afin de rendre le symptôme actuel,  inutile.</p>
<p>À l’heure du scientisme triomphant, la pertinence de la psychanalyse crée des doutes : il n’est plus question d’une très suspecte intériorité ou d’une quelconque subjectivité, encore moins d’essayer de comprendre une façon particulière d’être au monde, mais le temps est  à la normalisation et la médicalisation de la vie.</p>
<p>Il est reproché à la démarche analytique, son manque de rigueur: effectivement, la psychanalyse ne fait pas de statistique, pas de protocole standard d’évaluation, ni de protocole standard de traitement puisque chaque cas est unique, mais son efficacité est pourtant réelle.</p>
<p>La théorie et l’efficacité de la psychanalyse peuvent à présent concrètement être démontrées par les neurosciences : avec  les concepts de plasticité cérébrale, d’épigénétique et de synapto-architectonie, non seulement la trace mnésique du trauma se matérialise, la plasticité peut donc se concevoir comme un mécanisme par lequel chaque sujet est singulier et chaque cerveau est unique, l’environnement a une action modificatrice sur le génome, un changement de cadre a des effets sur les liaisons synaptiques établies, la remémoration d’un souvenir modifie les liaisons synaptiques : dans cet état d’esprit,  la psychanalyse peut donc parfaitement être un opérateur de renouvellement de la synato-architectonie en suscitant de nouvelles associations et constituer un « environnement » apte à replastifier l’architecture synaptique.  (D’après l’article : <em>Plasticité neuronale : les traces et leur destin. L’article de F. Ansermet, M. Arminjon et P. Magistretti)</em></p>
<p>S’intéresser au sujet dans sa globalité, c’est le considérer dans l’essence même qui le constitue : le temps. Le temps est cette façon dont la vie prend forme. Comme le constate Bergson, la science n’a rien compris au temps, parce qu’elle commence à le mesurer, c’est-à-dire à le transformer en espace : c’est de l’espace que nous lisons sur une horloge, c’est de l’espace lorsque nous lisons les jours, les mois, les années sur un calendrier.</p>
<p>Notre temps ressemble davantage à de la durée solidifiée, « prise en chair » dans une forme,  «<em> notre corps qui avance dans le temps est cette durée prise dans la matière </em>» (Bergson)</p>
<p>C’est la raison pour laquelle, nous nous intéressons au passé du sujet, à son histoire qui a permis de constituer son identité, ses paradoxes, ses fragilités et ses incertitudes pour les utiliser comme tremplin à leur puissance d’agir dans le présent, vers l’ouverture d’un avenir.</p>
<p>La thérapie analytique permet en effet de créer cet espace potentiel, cette aire de créativité qui permet à chacun de trouver sa façon singulière d’être au monde afin qu’il puisse admettre, pour reprendre Winnicott, que la vie vaille la peine d’être vécue.</p>
<p>Nathalie Neyrolles, 2 juin 2020</p>
<p></p><!-- /wp:post-content --><p>Lisez plus sur <a href="https://nathalieneyrolles.fr/prise-en-charge-de-la-souffrance-psychique-les-differentes-approches-therapeutiques/">Nathalie Neyrolles</a></p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Covid-19 et confinement : un évènement traumatique et néfaste pour la santé</title>
		<link>https://nathalieneyrolles.fr/confinement__conseils_pour_vivre_au_mieux_cet_evenement/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Nathalie Neyrolles]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 30 Apr 2020 12:50:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Psychologie et société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Lisez plus sur <a href="https://nathalieneyrolles.fr/confinement__conseils_pour_vivre_au_mieux_cet_evenement/">Nathalie Neyrolles</a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<h2><strong>Covid-19 : Le traumatisme et la sidération : </strong></h2>
<p>L&rsquo;effet de surprise, d&rsquo;impréparation qui ont caractérisé non seulement l&rsquo;arrivée de la covid-19, avec ses conséquences potentiellement mortelles, mais aussi et surtout le confinement, ont créé une brèche dans notre réseau de signifiants, le temps qui faisait la conjonction entre le passé, présent et futur, arrêté. Cet évènement a créé une fracture dans notre histoire : une époque vient de se terminer, une autre commence.</p>
<p>L&rsquo;effroi (état dans lequel se trouve le sujet lorsqu&rsquo;il se trouve dans une situation qu&rsquo;il considère dangereuse sans y être préparé) et la sidération nous ont figés.</p>
<p>Exposés à de telles conditions de vie déshumanisée, privés de nos droits fondamentaux, réduits à de simples organismes vivants, c&rsquo;est dans un état de passivation que nous avons vécu cet évènement : la passivité implique un certain investissement alors que la passivation nous réduit à un statut d&rsquo;objet, à l&rsquo;état de néant.</p>
<p>L&rsquo;état de passivation nous renvoie au vécu d&rsquo;anéantissement psychique et c&rsquo;est dans ce vécu de non-être que nous pouvons comprendre le silence qui s&rsquo;en est suivi, un silence non pas caractérisé par un acte de volonté mais silence qui témoigne que cette volonté était brisé, un silence conçu comme impossibilité même de l&rsquo;émergence de la parole : pour qu&rsquo;il y ait une parole, il faut un sujet et nous pensons que le port du masque généralisé entretient cet état de non-être.</p>
<h2><strong>L&rsquo;être humain est un parlêtre : </strong></h2>
<p>Mais aussi, L&rsquo;homme est un être social, il a besoin de communiquer, c&rsquo;est un parlêtre disait Lacan.</p>
<p>L&rsquo;isolement prolongé n&rsquo;est pas une situation normale pour l&rsquo;espèce humaine et l&rsquo;organisme va dès lors réagir, de la même manière qu&rsquo;une agression, ce qui va activer les mécanismes physiologiques impliqués dans la réponse au stress, comme la sécrétion de cortisol et d&rsquo;adrénaline.</p>
<p>Rappelons que le stress est la réponse physiologique de l&rsquo;organisme face à une situation nouvelle ou considérée comme menaçante (appelé syndrome général d&rsquo;adaptation par Seyle, 1936) au regard de ses ressources pour y faire face.</p>
<p>Le stress chronique attaque ensuite le système immunitaire et cause de l&rsquo;inflammation, un problème associé à différentes maladies, notamment l&rsquo;insuffisance coronarienne, le diabète de type 2 et l&rsquo;arthrite.</p>
<p>Dès la naissance, nous avons besoin d&rsquo;interactions sociales pour vivre, ceci est tout aussi essentiel que le fait de s&rsquo;alimenter et de boire.</p>
<p>Une triste et inhumaine expérience a été réalisée au 13ème siècle par l&#8217;empereur Frédéric II de Hohenstaufen (expérience reprise par le roi d&rsquo;Ecosse, James IV) :</p>
<p>Au 13e siècle, le roi Frédéric II (qui parlait neuf langues : le latin, le grec, le sicilien, l&rsquo;arabe, le normand, l&rsquo;allemand, l&rsquo;hébreu, le yiddish et le slave) voulait savoir quelle langue parlait naturellement l&rsquo;être humain, « sans influence extérieure », avec l&rsquo;hypothèse, selon lui, que ce serait le grec ou le latin. Pour cela, il installa six bébés dans une pouponnière et ordonna à leurs nourrices de les alimenter, les endormir, les baigner, mais surtout, sans jamais leur parler. L&rsquo;expérience donna des résultats tragiques : non seulement aucun bébé ne se mit à parler, mais pire encore, les six bébés dépérirent jusqu&rsquo;à en mourir.</p>
<h2>L&rsquo;isolement : aussi néfaste pour la santé que l&rsquo;obésité, la sédentarité et le tabagisme :</h2>
<p>Les nombreuses études portant sur les conséquences de l&rsquo;isolement montrent en effet que l&rsquo;isolement social et la solitude, <strong>augmentent le risque de mourir prématurément</strong> et son impact sur la santé est comparable à celui des facteurs comme l&rsquo;obésité, la sédentarité et le tabagisme.</p>
<p>Les données acquises au cours d&rsquo;études (données issues de l&rsquo;observatoire de la prévention au Canada) réalisées sur un total de 308 849 personnes indiquent que ceux qui ont des relations sociales adéquates ont un risque de mortalité prématurée diminuée de 50 % comparativement à ceux dont les relations sociales sont insatisfaisantes, un impact comparable à l&rsquo;abandon du tabagisme.</p>
<p>Ces résultats sont en accord avec les données acquises par la Harvard Study of Adult Development qui étudie depuis 1939 les facteurs impliqués dans le vieillissement en bonne santé, tant du point de vue physique que psychologique : La principale conclusion de cette étude qui dure depuis plus de 80 ans est très simple: ce sont les relations interpersonnelles de qualité, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de famille ou d&rsquo;amis, qui représentent un des plus importants facteurs prédictifs du bonheur et de la bonne santé d&rsquo;une personne au cours de sa vie.</p>
<h2><strong>L&rsquo;isolement rétrécit cerveau :</strong></h2>
<p>Le neuroscientifique Vibol Heng et ses collègues de l&rsquo;Université Thomas Jefferson de Philadelphie, ont réalisé une étude (2018), à partir de souris qui sont nées et ont grandi dans un environnement social riche, puis ont été placées en milieu isolé à l&rsquo;âge adulte pendant quatre mois.</p>
<p>Ce passage brutal d&rsquo;une société complexe à un isolement de 30 jours a provoqué des changements importants dans leur cerveau : après un mois d&rsquo;isolement, les chercheurs ont constaté une diminution de 20% de la taille des neurones. Ce rétrécissement s&rsquo;est maintenu quasiment au même niveau pendant trois mois d&rsquo;isolement.<br />De plus, les chercheurs ont également noté d&rsquo;autres signaux inquiétants, dont la réduction d&rsquo;une protéine appelée BDNF, qui stimule la croissance neuronale et la hausse du niveau de l&rsquo;hormone du stress.</p>
<p>Une étude plus récente (2019), publiée dans le New England Journal of Medicine, portant sur l&rsquo;homme cette fois, confirme les effets délétères de l&rsquo;isolement social et d&rsquo;un environnement monotone : L&rsquo;analyse a été menée sur des explorateurs en Antarctique, qui ont passé plus quatorze mois, isolés, sans interaction humaine. Leur cerveau a été évalué par IRM avant et après l&rsquo;expédition : les résultats révèlent qu&rsquo;à leur retour, certaines parties de leur cerveau se sont rétrécies, l&rsquo;hippocampe a été fortement impacté (impliqué dans la mémoire et l&rsquo;apprentissage) et la matière grise, qui joue un rôle majeur dans le traitement de l&rsquo;information, endommagées.</p>
<h2>Quelques conseils afin de vivre au mieux cette période :</h2>
<p>Les études révèlent qu&rsquo;un confinement supérieur à 10 jours peut avoir pour conséquence un état de stress post traumatique.</p>
<p>Avoir un sentiment de contrôle dans une situation, permet d&rsquo;atténuer le stress. Dans cette situation en effet, pour avoir un certain sentiment de maîtrise, il s&rsquo;agit de s&rsquo;informer régulièrement (le manque d&rsquo;informations nous fait ressentir un sentiment d&rsquo;impuissance) mais pas trop (ce qui pourrait être anxiogène) sur des sites d&rsquo;informations fiables.</p>
<p>Afin de minimiser les effets délétères de l&rsquo;isolement, il est important de :</p>
<p>&#8211; Communiquer avec plusieurs personnes via le téléphone, internet, sms, les messageries instantanées, visioconférence, etc.<br />&#8211; Promouvoir une communication plus axée sur l&rsquo;altruisme que sur l&rsquo;obsession de la pandémie,<br />&#8211; Créer des groupes de soutien et d&rsquo;échanges en ligne sur le vécu d&rsquo;expérience du confinement de chacun ou adhérer à des groupes existants</p>
<p>Eric Berne, père de l&rsquo;analyse transactionnelle, s&rsquo;est interrogé sur nos besoins vitaux. Par analogie à la nutrition, il les nomme les « soifs », illustrant ainsi à quel point ces besoins étaient fondamentaux.</p>
<p>C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;Eric Berne constate que l&rsquo;homme a un besoin vital de se repérer dans l&rsquo;espace et le temps : l&rsquo;homme a soif de structure.</p>
<p>C&rsquo;est pourquoi, en cette période, afin de respecter au mieux ce besoin, il est important tout d&rsquo;abord de respecter son rythme sommeil-veille et de prendre ses repas à la même heure (et de manière équilibrée de préférence), ce qui constitue un cadre de référence. Il s&rsquo;agit ensuite d&rsquo;organiser sa journée selon ses priorités et ses envies.</p>
<p>Il est important pendant cette période d&rsquo;isolement de prendre soin de soi, d&rsquo;être attentif à ses émotions, à ses besoins, d&rsquo;avoir une alimentation équilibrée, de faire du sport. Le sport permet, en plus de son effet anxiolytique et du renforcement du système immunitaire, de sécréter des endorphines sources de bien-être. Tout ceci participe à maintenir une bonne estime de soi.</p>
<p>Lisez plus sur <a href="https://nathalieneyrolles.fr/confinement__conseils_pour_vivre_au_mieux_cet_evenement/">Nathalie Neyrolles</a></p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Malaise dans notre civilisation</title>
		<link>https://nathalieneyrolles.fr/malaise-dans-notre-civilisation/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Nathalie Neyrolles]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Jan 2020 06:39:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Psychologie et société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Lisez plus sur <a href="https://nathalieneyrolles.fr/malaise-dans-notre-civilisation/">Nathalie Neyrolles</a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>« <em>Dans la vie psychique de l’individu pris isolément, l’Autre intervient très régulièrement en tant que modèle, soutien et adversaire, et de ce fait la psychologie individuelle est aussi, d’emblée et simultanément, une psychologie sociale, en ce sens élargi mais parfaitement justifié »</em>. Freud, Psychologie des foules et analyse du Moi, 1921)</p>
<p>Tout comme Winnicott précisait qu’un « bébé seul ça n’existe pas, seul existe le couple nourricier» il s’agit de penser « la structure individu-environnement » : la psychologie individuelle est une psychologie relationnelle.</p>
<p>Contrairement aux approches scientistes et déshumanisantes, la psychanalyse est une discipline humaine qui prend en considération un sujet dans sa globalité somato-psychique, sa singularité, aux prises avec son environnement et propose des réponses en tenant compte de ces différents aspects.</p>
<p>Nous ne pouvons ignorer que nos contemporains souffrent au sein d’une société en état de liquéfaction avancée (Zygmunt Bauman) : délitement des liens élémentaires entre les hommes, individualisme triomphant, désubjectivation de l’individu, vidé de son intériorité ; un mouvement tel que nous pensons indispensable d’analyser tout d’abord les causes exogènes aux souffrances individuelles.</p>
<p>Notre étude porte sur l’humain, en conséquence ce sont les spécialistes des sciences humaines auxquels nous nous référons : sociologues, psychanalystes, anthropologues, philosophes et économistes.</p>
<h2>1. la perte des valeurs morales et la dissolution du Surmoi :</h2>
<p>Depuis la Libération et surtout depuis mai 1968, en rejetant l’ordre public, l’autorité, la valeur du travail, devenue valeur ringarde qui ne donne droit à aucun respect et celle du savoir, les français ont perdus progressivement du respect pour les valeurs morales. En effet, pour le sociologue Daniel Martin (Valeurs perdues, bonheur perdu), avec l’aphorisme « il est interdit d’interdire », s’en est suivi :<br />&#8211; la libération des mœurs<br />&#8211; la perte du respect d’autrui, devenu mon égal, quelque soit sa fonction, son âge, ses années d’études et en perdant le respect des autres, on perd souvent le respect de soi-même. A cette perte, s’est ajouté la perte du respect de l’Etat, grandement facilité non seulement par son laxisme puisque l’Etat fait beaucoup moins d’efforts pour faire respecter les lois républicaines et va accorder plus de protection aux délinquants qu’à leurs victimes mais également par le fait que pour susciter la confiance, avoir une certaine consistance digne à entrainer les troupes, l’exemplarité est la règle et nous ne pouvons que constater les grandes lacunes à ce sujet.<br />&#8211; la dévalorisation des devoirs de chacun au profit de ses droits, d’où plus d’individualisme, plus d’égoïsme et moins de civisme.<br />&#8211; La perte de l’engagement personnel et du sens du devoir<br />&#8211; La dévaluation de la religiosité, qui imposait des règles morales : nous sommes en effet passés en quarante ans d&rsquo;un pays catholique, avec quelques minorités religieuses et un petit quart d&rsquo;individus qui ne sont pas affiliés à un culte particulier, à un pays largement sécularisé.</p>
<p>Toute morale vient du passé : elle s’enracine dans l’histoire, pour la société et dans l’enfance pour l’individu » (in l’esprit de l’athéisme – introduction à une spiritualité sans Dieu, 2006),</p>
<p>C’est la société qui a le devoir de transmettre, à chaque enfant puis à chaque adulte, les règles morales qu’elle a adoptées dans le cadre de ses valeurs fondamentales. Ce sont ces règles qui définissent le bien et le mal, le permis et le défendu, le possible et l’impossible. Ce serait une erreur de compter sur les lois pour remplacer les règles morales parce qu’il est bien plus facile de contourner une loi que de déroger à des interdits intériorisés puisque cette instance interdictrice (Surmoi) est omniprésente.</p>
<h2>2. L’évolution de l’enseignement :</h2>
<p>Sous la troisième république, les écoles transmettaient les mêmes valeurs humanistes : l’excellence, la beauté de la langue française, le respect de l’élève au maître, la morale classique d’honnêteté, le sens de la famille, une ferveur patriotique intense, la mise en valeur de l’effort individuel, le sens des responsabilités, l’éloge des grands hommes.</p>
<p>Puis il y a eu Mai 68 et L.Jospin en 1989, mettant « l’élève au centre » : il ne s’agit plus de transmettre des savoirs mais d’apprendre à apprendre ; l’accent est mis sur le développement et l’affirmation de la personnalité, au détriment de son effort d’écoute du professeur (qu’on ne respecte plus) et de compréhension de son enseignement, dont on doute de l’utilité. Ainsi, à force de développer la personnalité des jeunes au détriment de leurs connaissances et leurs aptitudes à les utiliser, les jeunes développent leur esprit de revendication et de critiques sans habitude de travailler dur.</p>
<p>Pour les élèves formés, c’est le triomphe du « Moi d’abord ».</p>
<p>Pour autant cette nouvelle orientation ne permet pas d’accroître les connaissances des jeunes : le dernier classement PISA de 2018 (évaluation internationale pilotée par l’OCDE des connaissances des élèves de 15 ans parmi 79 pays) fait état d’une stagnation du niveau de médiocrité des élèves de la 7ème puissance économique.</p>
<p>Le manque de lecture a entraîné un manque de vocabulaire et c’est même la langue française qui est massacrée. Bien que contestée, l’hypothèse de Sapir-Whorf nous paraît intéressante pour comprendre les conséquences : selon ces linguistes et anthropologues américains, la langue conditionne la vision du monde d&rsquo;une communauté linguistique ou encore la langue pratiquée a une influence sur notre manière de réfléchir ; principe illustrée par le philosophe Wittgenstein : « Les limites de mon langage signifient les limites de mon propre monde ».</p>
<p>Comprendre la complexité du monde actuel, nécessite de pouvoir le penser, ce qui est difficile si les mots manquent, si nous ne faisons pas l’effort de mener des recherches pour comprendre et nous savons que l’ignorance mène à la peur, la peur mène à la haine et la haine mène à la violence.</p>
<h2>3. L’échec du travail de culture :</h2>
<p>A propos de la violence, nous constatons sa montée en puissance dans notre société. En cause, les potentialités destructrices innées de l’homme que notre société peine à canaliser, témoignant là de l’échec du travail de culture.</p>
<p>Pour Freud, la culture est « tout ce en quoi la vie humaine s’est élevée au-dessus de ses conditions animales et ce en quoi elle se différencie de la vie des bêtes et je dédaigne séparer culture et civilisation »</p>
<p>Le but du lien social est précisément de maintenir en latence les pulsions de destruction : <em>« Toute l’action qui consiste à prendre soin d’un enfant dans l’enfance ou d’un sujet à l’âge adulte, grâce aux soins des parents et des responsables de la société, a pour but essentiel de lier la destructivité »</em> (A. Green in objets de la violence, destins de la violence, journal de la psychanalyse de l’enfant, n°18)</p>
<p>Ce qui fonde ce lien social, c’est un système symbolique, qui préexiste au sujet infantile et selon lequel il va lui falloir se structurer. Au fondement de cette loi, les interdits de l’inceste, du meurtre et du cannibalisme. Cette loi est transmise par ce que Lacan nomme « le père symbolique », donc différent du père « réel » qui est le géniteur et le père imaginaire.</p>
<p>La symbolisation est la conséquence d’un fait anthropologique : autant la maternité s’inscrit dans l’expérience sensible, autant la paternité n’est pas une certitude spontanée, elle est produite par la pensée et le langage :</p>
<p>« <em>(…) ce tournant effectué de la mère vers le père désigne en outre une victoire de la spiritualité sur la sensorialité, donc un progrès culturel, car la maternité est attestée par le témoignage des sens, alors que la paternité est une hypothèse édifiée sur une déduction et un présupposé. Le pari pris d’élever le processus de pensée au-dessus de la perception sensorielle s’avère être un pas lourd de conséquences.</em> » (Freud, L’homme Moïse et le monothéisme, 1939)</p>
<p>Le père symbolique, est ce tiers qui vient rompre l’unité fusionnelle mère/enfant, unité de toute puissance narcissique, il est celui qui permet à l’enfant de saisir son incomplétude constitutionnelle, celui qui introduit l’enfant dans le registre de la signification et du langage en y incorporant le désir et la loi.</p>
<h2>4. Objectif du Surmoi : humaniser l’homme</h2>
<p>Le surmoi est l’une des trois instances de l’appareil psychique de la seconde topique de Freud (ça-moi-surmoi), son rôle est celui d’un juge à l’égard du moi ; il se construit d’abord par identification au Surmoi des parents et ensuite par intériorisation des interdictions.<br />Le Surmoi a une valeur transgénérationnelle et sociale : « c’est ainsi que le Surmoi des enfants ne s’édifie pas, en fait, d’après le modèle des parents, mais d’après le Surmoi parental : il se remplit du même contenu, il devient porteur de la tradition, de toutes les valeurs à l’épreuve du temps qui se sont perpétuées de cette manière, de génération en génération » (Freud, la décomposition de la vie psychique) Porteur de la tradition, le Surmoi devient porteur de « tout l’héritage phylogénétique et de tout l’héritage du passé »</p>
<p>Transmetteur de la culture, le Surmoi rend compte de la répression pulsionnelle exigée par la vie sociale et la civilisation. Lorsque Freud se demande en effet par quel moyen la civilisation parvient-elle à inhiber l’agressivité de l’homme pour la rendre inoffensive, il apparaît que :</p>
<p>«<em> L’agressivité se trouve introjectée, intériorisée, mais en fait renvoyée là d’où elle est venue, donc tournée vers le propre Moi. Elle y est prise en charge par une part du Moi qui s’oppose au reste sous la forme du Surmoi et dès lors en tant que « conscience morale », exerce contre le Moi la même sévère disposition à l’agressivité que le Moi aurait volontiers satisfaite aux dépens d’autres individus, autre que lui. La tension entre le Surmoi rigoureux et le Moi qui lui est soumis, nous l’appelons conscience de la culpabilité ; elle se manifeste comme besoin de punition. La civilisation maîtrise donc la dangereuse agressivité de l’individu en affaiblissant celui-ci, en le désarmant et en le faisant surveiller par une instance à l’intérieur de lui, comme une force d’occupation dans une ville conquise.</em> » Freud, in Malaise dans la civilisation</p>
<p>Ainsi nous saisissons que l’enfant ne peut sortir de la phase narcissique du développement ; phase de toute-puissance infantile que s’il rencontre un Surmoi parental suffisamment solide. Hélas, nous constatons aujourd’hui qu’il est bien souvent défaillant voire inexistant ; les interdits étant souvent qualifiés d’un retour à un temps révolu. N’ayant pas intériorisés eux-mêmes les règles morales et les interdits fondamentaux, beaucoup de parents sont incapables de tenir une position structurante pour l’enfant, en tenant un interdit.</p>
<p>Le résultat en est le défaut de l’intériorisation de cette loi primordiale, cette loi qui permet de créer de « l’humanitude» (Ruth Menahem), c’est-à-dire une façon de se comporter, une forme possible du devenir de chaque individu lorsqu’il se montre altruiste et sociable, maîtrisé et empathique, digne et respectueux, en un mot : civilisé</p>
<h2>5. La dissolution de la structure œdipienne</h2>
<p>Lorsque les contraintes liées à la nécessité de trouver une issue au complexe d’Œdipe ne sont plus les organisateurs du psychisme, le risque apparaît d’un fonctionnement narcissique marqué par un fantasme d’auto-engendrement.</p>
<p>Le fantasme d’auto-engendrement (P-C Racamier), désigne le fantasme central de l’Antoedipe (organisation essentielle et spécifique du conflit des origines en tant qu’elle prélude à l’œdipe), « fantasme aux termes duquel le sujet se vit lui-même comme générateur de sa propre existence, le sujet s’intronise comme engendreur unique de soi-même et du monde, au lieu et place des parents et des ancêtres, ce qui tend à évincer radicalement l’Œdipe et les générations. » (Paul-Claude Racamier, Cortège conceptuel).</p>
<p>Cette configuration permet de faire l’économie des angoisses universelles et de maintenir une illusion de toute-puissance.</p>
<p>En effet, sont ici déniés : la scène originaire, la castration (=le fait de s’expérimenter limité, voué à une incomplétude constitutionnelle, mortel) et la différence des sexes.</p>
<h3>a. Le mythe de l’Androgyne :</h3>
<p>Il est une conception plus ancienne de la légende de Narcisse, sous une forme différente, il s’agit du mythe de l’Androgyne dont Le Banquet de Platon la présente ainsi :</p>
<p> l’origine de la vie, les humains se voient représentés sous une forme à la fois double et de statut identitaire unique : ils ont quatre jambes, quatre bras, deux têtes, ils sont à la fois homme et femme.</p>
<p>Ces individus sont décrits comme étant particulièrement arrogants et prétentieux, parfaits, tout-puissants. Zeus ne supportant pas une telle prétention, décide d’affaiblir les androgynes en les coupant en deux. Zeus demanda ensuite à Apollon de retourner leur visage et de coudre le ventre et le nombril du côté de la coupure.</p>
<p>Mais ces êtres ainsi divisés regrettaient leur moitié et tentaient de s’unir à elle : ils s’enlaçaient en désirant se confondre et mouraient de faim et d’inaction, tout comme le destin de Narcisse.</p>
<p>Alors pour sauver l’humanité, Zeus décide de déplacer les organes sexuels à l’avant du corps : ces nouveaux être humains continuent ainsi à demeurer égaux sur le registre de l’individualité narcissique mais deviennent sexuellement et objectalement différents et complémentaires.</p>
<p>La représentation initiale de l’androgyne figure dans le mythe d’Œdipe au début de la mise en scène, comme le rappelle J. Bergeret dans son livre <em>La pathologie narcissique,</em> Freud ayant opéré une scotomisation de cette partie, s’était trouvé contraint par la suite de la rapporter en pièces détachées, illustrée par la légende de Narcisse.</p>
<p>Le mythe de l’Androgyne nous semble davantage illustrer cet état de complétude originaire, propre à la phase narcissique du développement (phase avant le complexe d’Œdipe, soit avant la prise en compte de notre incomplétude constitutionnelle, de la limitation de la jouissance et de l’inéluctabilité de la mort), qui caractérise notre sujet contemporain ; son problème étant qu’il ne l’a pas dépassé.</p>
<p>Individu auto-suffisant, en quête de plaisirs et de l’accumulation des biens sans limite, l’idéologie « néolibérale » conforte et encourage notre sujet contemporain dans son illusion de toute-puissance, sans qu’advienne cette possibilité d’émergence en tant que sujet, puisqu’il est, comme tout le reste, chosifié : il n’est reconnu qu’en tant que « profil », au sein de l’entreprise, ce ne seront que certaines de ses compétences qui seront nécessaires, «<em> la production de l’homme de compétences (…) vers un homme sans qualités, surface vide qui doit en permanence faire table rase de sa singularité pour devenir « un processeur d’informations », c’est-à-dire une quantité d’énergie amorphe, pouvant et devant se mouler dans les exosquelettes exigés par la macroéconomie</em> » (Miguel Benasayag, Clinique du mal-être)</p>
<h3>b. Fantasme d’immortalité :</h3>
<p>L’homme contemporain n’accepte plus d’être limité, il refuse d’admettre son incomplétude constitutionnelle et donc la nécessité de l’autre, tout comme sa finitude.</p>
<p>PMA pour toutes, « tuer » la mort, comme l’objectif que se sont donnés les milliardaires de la Silicon Valley ou encore abolition de la différence sexuelle afin de « neutraliser la différence sexuelle pour ramener l&rsquo;humanité à une forme d&rsquo;indétermination primitive.» (Mathieu Bock-Côté dans son article du Figarovox «Théorie du genre : le fantasme toxique de l&rsquo;autoengendrement), sont autant de moyens que la société propose afin de conforter notre contemporain dans son illusion d’autosuffisance et de toute-puissance.</p>
<h2>6. Aspects économiques :</h2>
<p>Dans l’état d’esprit des principes de 1789, est apparu le libéralisme, qui, en maintenant les valeurs traditionnelles, réclamait la liberté politique (en défendant la démocratie et les libertés individuelles), religieuse et économique (en défendant la libre entreprise et la liberté du marché). Dans le libéralisme, l’économie est au service de l’homme.</p>
<p>Le néolibéralisme, n’en constitue pas une simple évolution et adaptation mais correspond à une mutation majeure et profonde. Mise en place dans les années 80, en particulier avec M.Tatcher et R .Regan, elle affirme la suprématie de l’économie et du marché sur les valeurs humaines.</p>
<p>Il s’agit d’accorder un maximum de droits individuels, favorisant l’individualisme et l’hédonisme au détriment du devoir collectif et des valeurs traditionnelles afin que les individus continuent d’apporter leur participation et accepte les réformes majeures.</p>
<p>Qu’importe en effet que l’individu soit sans racine, sans valeurs, inculte ou sans histoire, pourvu qu’il soit au service de la machine productive.</p>
<p>Pour Pierre Dardot et Christian Laval, le néolibéralisme structure non seulement « l&rsquo;économie », mais l&rsquo;ensemble des activités sociales au point de constituer:<br />« <em>Une certaine norme de vie dans les sociétés occidentales (&#8230;). Cette norme enjoint à chacun de vivre dans un univers de compétition généralisée, (&#8230;) [et] transforme jusqu&rsquo;à l&rsquo;individu, appelé désormais à se concevoir comme une entreprise</em> » (La nouvelle raison du monde. Essai sur la société néolibérale).</p>
<p>Il en résulte pour notre contemporain, une perte des repères moraux traditionnels. Egalité des droits ne voulaient pourtant pas dire égalité des faits. La vie doit à présent s’organiser en dehors de tout jugement de valeur, selon les lois du libre marché, tout est transformé en marchandise, jusqu’à l’individu lui-même : si certains résistent pour conserver leur culture et ne pas être pris dans les rouages de la machine économique, la plupart des individus s’y soumettent selon le principe d’adaptation à la réalité.</p>
<h2>7. Société contemporaine et souffrances individuelles :</h2>
<h3>a. Problématique identitaire :</h3>
<p>Un sujet se conçoit et se construit avec son environnement, « <em>le centre de gravité de l’individu ne naît pas à partir de l’individu. Il se trouve dans un ensemble environnement-individu</em> » (Winnicott, L’angoisse liée à l’insécurité, 1952), c’est l’environnement qui structure l’individu, c’est par le regard de l’autre que se construit l’identité (cf :<a href="https://nathalieneyrolles.fr/wp-content/uploads/2026/05/Reactions-apres-evenement-difficile-scaled-1.jpegwp-content/uploads/2026/07/microagression-en-entreprise.jpegle-regard-de-lautre/"> <em>À l&rsquo;origine de la construction de soi, le regard de l’autre</em></a>) et nous constatons un phénomène tout à fait surprenant qui est cette inversion des données : le sujet tente à présent de se construire sans tenir compte de son environnement, pour demander ensuite, la reconnaissance de cette construction par l’autre, toujours indispensable :</p>
<p>«<em> La caractéristique fondamentale de la personnalité contemporaine serait l’effacement de cette structuration par l’appartenance. L’individu contemporain aurait en propre d’être le premier individu à vivre en ignorant qu’il vit en société. Le premier individu à pouvoir se permettre, de par l’évolution même de la société, d’ignorer qu’il est en société. Il ne l’ignore pas, bien évidemment, au sens superficiel où il ne s’en rendrait pas compte. Il l’ignore en ceci qu’il n’est pas organisé au plus profond de son être par la précédence du social et par l’englobement au sein d’une collectivité avec ce que cela a voulu dire, millénairement durant, de sentiment de l’obligation et de sens de la dette. L’individu contemporain, ce serait l’individu déconnecté symboliquement et cognitivement du point de vue du tout, l’individu pour lequel il n’y a plus de sens à se placer au point de vue de l’ensemble.</em> » Marcel Gauchet, La démocratie contre elle-même, 2002</p>
<p>Pensant s’affranchir de la nécessité de l’autre, des codifications sociales pour toujours plus de liberté, en l’absence de normes et de valeurs qui soutiennent un individu et permettent une certaine solidité interne, le sujet contemporain est en réalité d’autant plus assujetti puisqu’en l’absence d’une structuration interne solide, le regard de l’autre devient une impérieuse nécessité pour pallier au vide qui le structure.</p>
<h3>b. Culte de la performance :</h3>
<p>L’accent est mis sur l’individu performant : un individu capable de toujours faire mieux, toujours se dépasser, de s’adapter à un monde instable et imprévisible et d’être heureux. Place à l’action, le sujet contemporain, à présent libre et conquérant se voit ainsi saisi d’une mission, celle de prendre sa vie en main pour obtenir richesse, gloire et beauté, sur fond d’utopie égalitaire.</p>
<p>En effet, la société lui dit que tout est possible mais que c’est à lui de faire des choix et de se dépasser, la puissance est en lui ; une puissance individuelle d’autant plus sacralisée que l’impuissance collective semble s’imposer.</p>
<p>Alors notre contemporain, dans sa fragilité, ses tremblements, sa condition humaine tout simplement, se trouve rapidement dépassé : il ne dispose pas en réalité, des moyens nécessaires pour accéder aux buts valorisés par la société.</p>
<p>Il sera ainsi en proie à un sentiment d’insuffisance et de culpabilité d’insuffisance, au mal-être et à la dépression, conséquences directes de la dichotomie entre le Moi (qui je suis) et l’Idéal du Moi (l’idéal que j’ai de moi et des idéaux imposés par la société.)</p>
<h3>c. Souffrance au travail :</h3>
<p>L’impact de l’économie sur le fonctionnement psychique peut s’apprécier au regard du travail. En effet, comme le mentionne Christophe Dejours, professeur titulaire de la chaire de Psychologie du travail au CNAM, dans son article Travail, modernité et psychanalyse, il est en effet possible de localiser des situations où le fonctionnement psychique est directement soumis à l&rsquo;épreuve du réel de l&rsquo;économique, à l&rsquo;évolution des rapports de domination dans la société et où l&rsquo;on voit comment la domination sociale se reproduit à l&rsquo;intérieur du fonctionnement psychique individuel. Cette clinique, nous dit-il, est celle du travail : il constitue le médiateur central entre fonctionnement psychique et économie.</p>
<p>Ce sont par les nouvelles méthodes de management, les nouvelles formes d’organisation et de gestion des entreprises que l’économique parvient à avoir une prise sur le fonctionnement psychique, nous dit Christophe Dejours et de préciser « très précisément (…) par l&rsquo;évaluation individuelle des performances et les contraintes individualisées de rentabilité. »</p>
<p>Chaque travailleur est en effet soumis à l’évaluation de sa performance, de sa productivité et de sa rentabilité : pour atteindre l’objectif, Il faut toujours aller plus vite, toujours se dépasser, sous peine de ne plus être rentable donc inutile et remercié : l’évaluation des performances devient une menace et force est de constater que ce système fonctionne.</p>
<p>Mais un système ne fonctionne pas tout seul : pour que le système de management fonctionne, il faut des personnes pour le mettre en place, l’adapter dans chaque entreprise, chaque service, chaque poste de travail. Il faut ensuite des personnes pour assurer sa pérennité, son efficacité et son emprise et Christophe Dejours de préciser « Beaucoup de gens collaborent à son succès. Pas seulement des cadres de direction mais aussi des cadres subalternes, des techniciens, des contremaîtres, voire des opérateurs de la base. Pour que le système fonctionne, il faut aussi des masses de formateurs pour préparer les uns à subir, les autres à exercer l&rsquo;évaluation, voire pour faire passer dans de nombreuses situations de travail des méthodes proches de l&rsquo;évaluation que sont la “qualité totale” ou “l&rsquo;auto-contrôle”. De fait on est inévitablement conduit à reconnaître que des masses de braves gens sont, dans le cadre de la modernité néo-libérale, invités à apporter, dans le travail, par le travail et pour le travail, leur concours à des actes qui consistent à intimider autrui, à menacer, à faire peur, mais aussi à dresser la liste des futurs licenciés, à mettre au point des “plans sociaux”, à effectuer les dégraissages d&rsquo;effectifs, à faire des “crocs en jambe” aux collègues, etc. c&rsquo;est-à-dire à commettre des actes injustes contre autrui. »</p>
<h4><strong>Souffrance éthique :</strong></h4>
<p>Lorsqu’un sujet accepte sa participation à un système alors qu’il est contraire à ses valeurs morales, il doit faire la douloureuse expérience de sa faiblesse morale, que sa peur d’être victime de ce système fait de lui un lâche qui s’incline sans contester et qui participe à sa réussite.</p>
<p>Cette souffrance, Christophe Dejours, la nomme souffrance éthique : « cette souffrance, je la qualifierais de souffrance éthique, c&rsquo;est-à-dire de souffrance spécifiquement en rapport avec le conflit moral dans lequel je suis pris »</p>
<p>Cette adhésion provoque également une angoisse provoquée par un doute radical sur la personne elle-même, sur ses convictions, ses choix, une perte de son identité, voire une décompensation psychopathologique et Christophe Dejours de préciser : « Et c&rsquo;est ce qui arrive : certains sujets ne parviennent pas à contrôler cette angoisse et basculent dans la dépression. Parmi eux, certains aujourd&rsquo;hui se suicident. »</p>
<p>Mais il s’agit là d’une minorité, puisque la plupart des personnes parviennent très bien à s’y adapter, non qu’ils n’aient pas de conscience morale, mais ils y parviennent grâce à des stratégies défensives appelées stratégies collectives de défense « Il s&rsquo;agit de défenses contre la souffrance qui ont la particularité d&rsquo;être bâties et entretenues collectivement, grâce à un intense travail de construction de règles qui encadrent les comportements, les discours, les interdits, etc. (…) Elles ont en commun d&rsquo;engourdir la conscience morale, (…) On parvient ainsi à cliver le fonctionnement cognitif soumis aux seules épreuves de la rationalité instrumentale (efficacité, productivité, qualité, etc.), de la pensée réflexive, sur la portée de son propre comportement vis-à-vis de l&rsquo;autre, pensée qui est neutralisée, paralysée, engourdie » (Christophe Dejours, Travail, modernité et psychanalyse »</p>
<h4><strong>Du paradoxe des attentes :</strong></h4>
<p>Autrefois source d’épanouissement, le travail devient aujourd’hui de plus en plus « risqué », la mise en place de la prévention des risques psychosociaux en témoigne : la notion de « risques » renvoie à la notion de danger et le problème devient grave puisque le travail peut aussi tuer, comme en témoigne la série de suicides chez Orange en 2014.</p>
<p>Paradoxalement, nos contemporains attendent aujourd’hui, beaucoup du travail, beaucoup plus qu’il ne peut leur offrir.</p>
<p>Cette attente démesurée, est une réponse nous semble-t-il à un contexte de délitement des liens, de frustrations grandissantes (conséquences directes entre la dichotomie des buts valorisés par la société et les moyens pour y parvenir), d’absences de projets et de rêves de nos contemporains : ils souhaitent que le travail vienne compenser le reste de leur vie, « Ils y nourrissent l’espoir non pas seulement de survivre dans un contexte, mais de pouvoir enfin produire du contexte pour vivre. » (Yves Clot dans son article Clinique du travail et de l’activité.)</p>
<p>Paradoxe que constate également le journaliste, essayiste et philosophe André Gorz, « jamais la fonction irremplaçable, indispensable du travail en tant que source de lien social, de cohésion sociale, d’intégration, de socialisation, d’identité personnelle, de sens n’aura été invoquée aussi obsessionnellement que depuis qu’il ne peut remplir aucune de ces fonctions. »</p>
<p>Lisez plus sur <a href="https://nathalieneyrolles.fr/malaise-dans-notre-civilisation/">Nathalie Neyrolles</a></p>]]></content:encoded>
					
		
		
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