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	<title>Nathalie Neyrolles</title>
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	<description>Psychologue clinicienne - Psychothérapeute à Paris 16 et consultations en ligne</description>
	<lastBuildDate>Thu, 13 Aug 2026 07:31:33 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Nathalie Neyrolles</title>
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	<item>
		<title>Qu&#8217;est ce qu&#8217;une microagression en entreprise ? Définition et repères conceptuels</title>
		<link>https://nathalieneyrolles.fr/microagressions-en-entreprise-definition-et-reperes-conceptuels/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Nathalie Neyrolles]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 03 Jul 2026 05:02:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Psychologie et société]]></category>
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					<description><![CDATA[Les microagressions en entreprise sont des propos ou comportements, souvent involontaires, qui dévalorisent une personne en raison de son appartenance à un groupe (âge, genre, origine, handicap, apparence, etc.). Prises isolément, elles semblent anodines. Répétées, elles constituent un facteur de risque psychosocial documenté, avec des conséquences mesurables sur la santé des salariés et la performance...<p>Lisez plus sur <a href="https://nathalieneyrolles.fr/microagressions-en-entreprise-definition-et-reperes-conceptuels/">Nathalie Neyrolles</a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Les microagressions en entreprise sont des propos ou comportements, souvent involontaires, qui dévalorisent une personne en raison de son appartenance à un groupe (âge, genre, origine, handicap, apparence, etc.). Prises isolément, elles semblent anodines. Répétées, elles constituent un facteur de risque psychosocial documenté, avec des conséquences mesurables sur la santé des salariés et la performance des collectifs de travail.</p>
<h2>De Chester Pierce à Derald Wing Sue : une généalogie scientifique</h2>
<p>Le concept trouve son origine en 1970, lorsque le psychiatre Chester M. Pierce l&#8217;emploie pour décrire les humiliations quotidiennes subies par les personnes noires aux États-Unis. Il est formalisé en 2007 par le psychologue Derald Wing Sue et son équipe de la Columbia University, dans un article de référence publié par l&rsquo;<em>American Psychologist</em>. Une microagression y est définie comme une indignité brève et ordinaire, verbale, comportementale ou environnementale, intentionnelle ou non, qui communique un message hostile, méprisant ou négatif à l&rsquo;égard d&rsquo;une personne en raison de son appartenance à un groupe. <a href="https://www.researchgate.net/publication/232509277_Racial_Microaggressions_and_the_Power_to_Define_Reality" target="_blank" rel="noopener">ResearchGate</a></p>
<p>Le préfixe « micro » ne renvoie pas à une gravité moindre, mais à l&rsquo;échelle de l&rsquo;interaction : il s&rsquo;agit d&rsquo;échanges situés au niveau interindividuel et quotidien, par opposition aux discriminations institutionnelles ou structurelles. Sue et ses collègues distinguent trois formes : le micro-agression consciente et volontaire, la micro-insulte, remarque dévalorisante sans conscience toujours pleine de son auteur, et la micro-invalidation, qui nie ou minimise le vécu de la personne visée.</p>
<h2>Un concept scientifiquement débattu</h2>
<p>La solidité conceptuelle du modèle de Sue n&rsquo;est pas consensuelle dans la littérature académique. Le psychologue Scott Lilienfeld a publié en 2017 une critique méthodologique soutenant que le champ de recherche sur les microagressions manquait de clarté opérationnelle, s&rsquo;appuyait excessivement sur des rapports subjectifs, et n&rsquo;établissait pas de lien causal suffisamment démontré avec la santé mentale des personnes concernées. Monnica Williams lui a répondu en soutenant que le concept restait bien défini et solidement corrélé aux préjugés des auteurs comme aux conséquences sur la santé mentale des cibles. Pour un cabinet de conseil intervenant en entreprise, connaître ce débat permet d&rsquo;aborder le sujet sans dogmatisme : ce qui importe cliniquement n&rsquo;est pas de trancher la controverse théorique, mais de traiter les effets documentés (anxiété, isolement, dégradation du climat) quelle que soit la robustesse exacte du cadre conceptuel qui les nomme (Sage Journals)</p>
<h2>Manifestations concrètes des microagressions au travail</h2>
<p>Ces situations touchent l&rsquo;ensemble des marqueurs de diversité présents dans un collectif de travail : l&rsquo;âge, l&rsquo;apparence physique, la situation de handicap, l&rsquo;identité de genre, l&rsquo;origine ou l&rsquo;appartenance ethnoculturelle, la religion, le sexe, ou le statut socioéconomique. Deux guides institutionnels documentent ces situations en contexte professionnel :</p>
<ul>
<li>l&rsquo;Université de Montréal, dans son <em>Guide d&rsquo;accompagnement — Mettre fin aux microagressions</em> (avril 2025), détaille des scénarios liés à l&rsquo;âge, à l&rsquo;apparence physique, au handicap, à l&rsquo;identité de genre, à l&rsquo;appartenance aux Premiers Peuples, à la race et au sexe ;</li>
<li>la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), dans sa campagne <em>Les microagressions en milieu de travail</em> (2023, financée par la CNESST), propose des exemples centrés spécifiquement sur le monde du travail.</li>
</ul>
<h2>Exemples documentés en contexte professionnel</h2>
<ul>
<li>douter des compétences technologiques d&rsquo;un collègue en raison de son âge, ou à l&rsquo;inverse minimiser la parole d&rsquo;un jeune professionnel faute d&rsquo;ancienneté supposée,</li>
<li>couper la parole à une collaboratrice en réunion pour « reformuler » son propos à sa place ; un phénomène qui rejoint, à une autre échelle, celui documenté sous le nom d&rsquo;effet Matilda, terme forgé par l&rsquo;historienne des sciences Margaret Rossiter en 1993 pour désigner l&rsquo;invisibilisation récurrente des contributions des femmes,</li>
<li>minimiser une demande d&rsquo;aménagement de poste liée à un trouble ou un handicap, en la présentant comme un privilège plutôt qu&rsquo;une mesure d&rsquo;équité,</li>
<li>adresser des remarques répétées sur l&rsquo;origine, l&rsquo;accent ou l&rsquo;apparence d&rsquo;un collègue, sous couvert d&rsquo;humour ou de curiosité.</li>
</ul>
<h2>La récurrence, critère distinctif</h2>
<p>Ce qui distingue la microagression de la maladresse isolée, c&rsquo;est sa répétition. Les deux guides cités mobilisent l&rsquo;image du supplice de la goutte d&rsquo;eau : un incident isolé laisse peu de trace, mais une exposition répétée, parfois plusieurs fois par jour, produit un effet cumulatif comparable à celui d&rsquo;un stress chronique.</p>
<h2>Impact des microagressions sur la santé au travail et l&rsquo;organisation</h2>
<p>Les recherches conduites depuis les travaux de Sue et al. (2007) associent l&rsquo;exposition répétée aux microagressions à une palette de conséquences psychologiques : anxiété, hypervigilance, dévalorisation de l&rsquo;estime de soi, isolement, épuisement émotionnel.</p>
<p>Ces manifestations recoupent les tableaux cliniques que nous détaillons dans notre présentation des <a href="https://nathalieneyrolles.fr/wp-content/uploads/2026/05/Reactions-apres-evenement-difficile-scaled-1.jpegwp-content/uploads/2026/07/microagression-en-entreprise.jpegpsychologue-paris-16/">troubles anxio-dépressifs et de la souffrance subjective contemporaine.</a></p>
<p>Ce constat s&rsquo;inscrit dans un cadre plus large : celui du harcèlement subtil et de l&rsquo;incivilité organisationnelle. Une étude parue en 2017 dans <em>Frontiers in Psychology</em>, relayée par les National Institutes of Health, montre que les incidents de discrimination, de harcèlement, d&rsquo;exclusion ou d&rsquo;incivilité au travail, souvent de nature subtile, ont néanmoins des effets délétères démontrés sur les personnes qui les subissent, et que peu de normes sociales claires encadrent ces comportements au sein des organisations. Les auteurs proposent que les organisations forment leurs cadres à devenir des alliés capables d&rsquo;intervenir et de clarifier les normes proscrivant ces formes subtiles de maltraitance ciblée ; un levier directement transposable à la formation à l&rsquo;encadrement en entreprise.</p>
<p>Ces effets s&rsquo;inscrivent dans le champ des risques psychosociaux (RPS). L&rsquo;INRS rappelle que l&rsquo;exposition à des situations de travail dégradées peut avoir des répercussions significatives sur la santé : troubles anxio-dépressifs, troubles musculosquelettiques, épuisement professionnel.</p>
<ul>
<li>INRS — Risques psychosociaux (RPS) : ce qu&rsquo;il faut retenir : <a href="https://www.inrs.fr/risques/psychosociaux/ce-qu-il-faut-retenir.html">https://www.inrs.fr/risques/psychosociaux/ce-qu-il-faut-retenir.html</a></li>
<li>INRS — Risques psychosociaux au travail et effets sur la santé des salariés : <a href="https://www.inrs.fr/header/presse/cp-expositions-psychosociales-effets-sante.html">https://www.inrs.fr/header/presse/cp-expositions-psychosociales-effets-sante.html</a></li>
</ul>
<p>Sur le plan organisationnel, les mêmes sources rapportent des conséquences en matière d&rsquo;absentéisme, de turnover et de dégradation du climat de travail ; des indicateurs que toute direction des ressources humaines suit déjà, ce qui permet de rattacher la prévention des microagressions à des tableaux de bord existants plutôt qu&rsquo;à un sujet perçu comme périphérique.</p>
<h2>Comment agir face aux microagressions en entreprise ? Leviers individuels, collectifs et organisationnels</h2>
<p><strong>En tant que personne concernée</strong></p>
<p>Il n&rsquo;existe pas d&rsquo;obligation à réagir sur-le-champ : différer, en parler à une personne de confiance, ou solliciter un service de santé au travail sont des options tout aussi légitimes qu&rsquo;une réponse immédiate. Lorsqu&rsquo;une réponse directe est possible, la démarche la plus efficace consiste à demander des clarifications sur l&rsquo;intention, puis à nommer l&rsquo;effet produit, sans placer d&#8217;emblée l&rsquo;échange sur le terrain de l&rsquo;accusation.</p>
<p><strong>En tant que témoin</strong></p>
<p>L&rsquo;inaction contribue à banaliser la microagression. Plusieurs formes d&rsquo;intervention sont documentées et peuvent se combiner : détourner la conversation pour interrompre l&rsquo;échange, nommer directement le caractère problématique du propos, documenter l&rsquo;incident, revenir vers la personne concernée après coup pour valider son vécu, ou solliciter un relais.</p>
<p><strong>En tant qu&rsquo;organisation : une démarche structurée de prévention RPS</strong></p>
<p>La prévention ne repose pas sur la seule bonne volonté individuelle. Elle suppose une démarche structurée : sensibilisation collective, clarification des canaux de signalement, formation de l&rsquo;encadrement à la distinction entre intention et impact, et intégration de cet enjeu dans l&rsquo;évaluation des risques professionnels, au même titre que les autres facteurs de RPS identifiés par l&rsquo;INRS. Lorsque la situation l&rsquo;exige, un <a href="https://nathalieneyrolles.fr/wp-content/uploads/2026/05/Reactions-apres-evenement-difficile-scaled-1.jpegwp-content/uploads/2026/07/microagression-en-entreprise.jpegcellule-soutien-psychologique-entreprise/">dispositif de soutien psychologique en entreprise</a>  peut être activé rapidement.</p>
<p>Lisez plus sur <a href="https://nathalieneyrolles.fr/microagressions-en-entreprise-definition-et-reperes-conceptuels/">Nathalie Neyrolles</a></p>]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Psychotraumatisme et handicap : comprendre, repérer, agir</title>
		<link>https://nathalieneyrolles.fr/psychotraumatisme-personnes-en-situation-de-handicap/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Nathalie Neyrolles]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 09 May 2026 07:54:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Psychotraumatologie]]></category>
		<category><![CDATA[Repères psychologiques]]></category>
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					<description><![CDATA[Chez une personne en situation de handicap, un traumatisme peut être moins visible et avoir des conséquences plus sévères. Un événement potentiellement traumatique peut entraîner des réactions intenses, parfois durables.Ces réactions ne sont pas toujours facilement identifiables et peuvent passer inaperçues, en particulier chez les personnes en situation de handicap. Qu&#8217;est-ce qu&#8217;un traumatisme psychique ?...<p>Lisez plus sur <a href="https://nathalieneyrolles.fr/psychotraumatisme-personnes-en-situation-de-handicap/">Nathalie Neyrolles</a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Chez une personne en situation de handicap, un traumatisme peut être moins visible et avoir des conséquences plus sévères.</p>
<p>Un événement potentiellement traumatique peut entraîner des réactions intenses, parfois durables.<br data-start="1381" data-end="1384" />Ces réactions ne sont pas toujours facilement identifiables et peuvent passer inaperçues, en particulier chez les personnes en situation de handicap.</p>
<h2>Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;un traumatisme psychique ?</h2>
<p>Un traumatisme psychique est une expérience bouleversante qui dépasse les capacités d’adaptation d’une personne et provoque un état de détresse intense.</p>
<p>L’événement est vécu comme une menace pour l’intégrité physique ou psychique, dans un contexte de peur, d’effroi et d’impuissance.</p>
<h2>Quelles particularités chez la personne en situation de handicap?</h2>
<p data-start="964" data-end="1102">Les troubles psychotraumatiques sont plus fréquents et plus sévères chez les personnes en situation de handicap que dans la population générale, indépendamment du type de handicap.</p>
<p data-start="964" data-end="1102">La situation de handicap accroît le risque de subir des violences, en particulier en cas de handicap cognitif ou neurodéveloppemental.</p>
<p data-start="1104" data-end="1339">Les personnes en situation de handicap sont ainsi plus exposées et souvent moins reconnues comme victimes, en raison de stéréotypes discriminatoires, de difficultés de communication et, parfois, d’un déni des faits par l’entourage.</p>
<h2>Quels signes doivent alerter ?</h2>
<p>Chez les personnes en situation de handicap, les manifestations peuvent être moins visibles et atypiques :</p>
<p>Elles s&rsquo;expriment par les symptômes classiques du psychotraumatisme :</p>
<ul>
<li>Intrusions : Reviviscences, cauchemars, flashbacks.</li>
<li>Évitement : Fuite des souvenirs, des lieux ou des situations rappelant le traumatisme</li>
<li>Altérations cognitives et émotionnelles : troubles de la mémoire, de la concentration, perte d’intérêt,</li>
<li>Sentiment de culpabilité,</li>
<li>Hypervigilance : Insomnie, irritabilité, sursauts exagérés</li>
</ul>
<p>Mais aussi par : </p>
<ul>
<li> Un changement soudain de comportement : perte d’appétit, dépression, agitation, agressivité, repli sur soi, phobies, pudeur exacerbée,</li>
<li>Des Signes de souffrance : pleurs, crises d’angoisse, peur permanente, scarification, automutilation, mise en danger, idées suicidaires, tentative de suicide,</li>
<li>Un besoin supplémentaire de repères,</li>
<li>Des troubles du comportement,</li>
<li>Des troubles somatiques</li>
</ul>
<p>Les victimes de violences peuvent exprimer leurs émotions différemment. Elles peuvent souffrir de dissociation, notamment si elles subissent encore des violences ou si elles sont en contact avec l’agresseur, et sembler comme anesthésiées : Une attention accrue à la communication corporelle est primordiale.</p>
<h2>Quelles sont les conséquences du psychotraumatisme ?</h2>
<h3>Une aggravation du handicap</h3>
<p data-start="395" data-end="488">Le psychotraumatisme peut majorer les difficultés déjà présentes, notamment sur le plan :</p>
<ul data-start="490" data-end="544">
<li data-section-id="dcvepk" data-start="490" data-end="504">émotionnel</li>
<li data-section-id="f2pqdl" data-start="505" data-end="520">relationnel</li>
<li data-section-id="oq95oe" data-start="521" data-end="544">et communicationnel</li>
</ul>
<p data-start="546" data-end="701">Les symptômes post-traumatiques (Activation neurovégétative, émotions négatives, évitements, reviviscences, dissociation) viennent <strong data-start="629" data-end="673">désorganiser davantage le fonctionnement</strong> et compliquer le quotidien.</p>
<h3 data-section-id="af64gk" data-start="708" data-end="752">Des répercussions sur la santé globale</h3>
<p data-start="754" data-end="834">Comme dans la population générale, le psychotraumatisme a des effets à la fois :</p>
<ul data-start="836" data-end="1043">
<li data-section-id="143et7y" data-start="836" data-end="930">sur la <strong data-start="845" data-end="862">santé mentale</strong> : dépression, troubles anxieux, conduites à risque, suicidabilité</li>
<li data-section-id="rnfbw0" data-start="931" data-end="1043">et sur la <strong data-start="943" data-end="962">santé somatique</strong> : troubles immunitaires, digestifs, cardiaques, endocriniens, dermatologiques…</li>
</ul>
<p data-start="1045" data-end="1129">Ces manifestations sont liées aux effets du <strong data-start="1092" data-end="1112">stress chronique</strong> sur l’organisme.</p>
<h3>Une aggravation de la vulnérabilité</h3>
<p data-start="1182" data-end="1241">Le traumatisme peut augmenter le risque de revictimisation.</p>
<p>Les troubles dissociatifs traumatiques, en augmentant le seuil de tolérance à la douleur et en rendant indifférent aux alertes somatiques ou psychiques lors de situations dangereuses pour la santé mentale ou physique, empêchent les victimes de se protéger.</p>
<p data-start="1424" data-end="1522">Les personnes peuvent ainsi se retrouver plus exposées à de nouvelles situations de danger.</p>
<h3 data-section-id="1xoybcz" data-start="1529" data-end="1581">Un risque de non-reconnaissance du traumatisme</h3>
<p data-start="1583" data-end="1739">Certains troubles psychotraumatiques peuvent être confondus avec des troubles préexistants liés au handicap (émotionnels, cognitifs ou comportementaux).</p>
<p data-start="1741" data-end="1765">Cela peut entraîner :</p>
<ul data-start="1766" data-end="1890">
<li data-section-id="1e1f31j" data-start="1766" data-end="1811">une non-reconnaissance du traumatisme,</li>
<li data-section-id="1x8s3ul" data-start="1812" data-end="1851">des prises en charge inadaptées,</li>
<li data-section-id="1b72dss" data-start="1852" data-end="1890">et une aggravation des difficultés.</li>
</ul>
<h2>Comment évaluer le psychotraumatisme ?</h2>
<h3 data-section-id="zxmbp" data-start="393" data-end="467">Une évaluation à adapter chez les personnes en situation de handicap</h3>
<p data-start="469" data-end="588">Chez les personnes en situation de handicap, l’évaluation du psychotraumatisme nécessite une adaptation spécifique.</p>
<ul data-start="590" data-end="806">
<li data-section-id="9qj0ml" data-start="590" data-end="652">les symptômes peuvent être <strong data-start="619" data-end="650">atypiques ou peu verbalisés</strong></li>
<li data-section-id="1gwtju0" data-start="653" data-end="730">certains signes peuvent être <strong data-start="684" data-end="728">confondus avec des troubles préexistants</strong></li>
<li data-section-id="1sismgo" data-start="731" data-end="806">la communication peut nécessiter des <strong data-start="770" data-end="804">modalités d’entretien adaptées</strong></li>
</ul>
<p data-start="808" data-end="873">Cela implique une <strong data-start="829" data-end="872">lecture clinique fine et contextualisée</strong>.</p>
<h3 data-section-id="iygjro" data-start="880" data-end="939">Une évaluation clinique et des outils complémentaires</h3>
<p data-start="941" data-end="1088">L’évaluation d’un psychotraumatisme peut être réalisée par un médecin généraliste, un psychiatre ou un psychologue formés au psychotraumatisme.</p>
<p data-start="1090" data-end="1254">Elle repose avant tout sur une analyse clinique prenant en compte les symptômes, leur intensité, leur durée et leur impact sur le fonctionnement de la personne, ainsi que son histoire, ses antécédents et son contexte de vie.</p>
<p data-start="271" data-end="525">L’échelle PCL-5 (PTSD Checklist for DSM-5) constitue une référence pour le dépistage du trouble de stress post-traumatique, mais elle n’est pas toujours accessible aux personnes en situation de handicap, notamment en cas de déficience intellectuelle.</p>
<p data-start="527" data-end="784">Une <a href="https://handiconnect.fr/wp-content/uploads/2024/11/PCLS-FALC.pdf">version spécifique de la PCL-5 en FALC</a> (Facile à Lire et à Comprendre) a ainsi été développée, reposant sur des questions simplifiées permettant d’évaluer les principaux symptômes (intrusions, évitement, altérations cognitives et émotionnelles, hypervigilance).</p>
<p data-start="786" data-end="884">Elle facilite l’expression du vécu et améliore le repérage des troubles dans cette population.</p>
<h3 data-start="185" data-end="467">À retenir</h3>
<p data-start="185" data-end="467">Chez les personnes en situation de handicap, les troubles psychotraumatiques sont à la fois plus fréquents, plus difficiles à repérer et souvent plus sévères. Leur reconnaissance constitue un enjeu majeur pour éviter une aggravation des troubles et adapter les prises en charge.</p>
<p data-start="469" data-end="694">Une attention particulière doit être portée aux manifestations atypiques, aux changements de comportement et aux modes d’expression non verbaux, afin de ne pas passer à côté d’une souffrance psychique parfois peu visible.</p>
<p data-start="696" data-end="860">Une évaluation clinique permet de faire le point sur les symptômes, de mieux comprendre les difficultés rencontrées et d’orienter vers un accompagnement adapté.</p>
<p>   Ressources utiles : </p>
<ul>
<li>le 39 77 : numéro d’écoute dédié aux personnes en situation de handicap et âgées ou leur écrire par mail : 3977@3977contrelamaltraitance.org. Ce service est gratuit, accessible aux victimes et aux témoins (entourage et professionnels)</li>
<li><a href="https://www.intimagir-idf.fr/">Intimagir Île-de-France</a> : Centre de ressources régionale avec et pour les personnes en situation de handicap,</li>
</ul>
<p>Lisez plus sur <a href="https://nathalieneyrolles.fr/psychotraumatisme-personnes-en-situation-de-handicap/">Nathalie Neyrolles</a></p>]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Les réactions fréquentes après un évènement difficile : ce qui est normal et ce qui doit alerter</title>
		<link>https://nathalieneyrolles.fr/les-reactions-frequentes-apres-un-evenement-difficile/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Nathalie Neyrolles]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 09 May 2026 07:43:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Psychotraumatologie]]></category>
		<category><![CDATA[Repères psychologiques]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://nathalieneyrolles.fr/les-reactions-frequentes-apres-un-evenement-difficile/</guid>

					<description><![CDATA[Un événement potentiellement traumatique est une expérience bouleversante qui dépasse les capacités d&#8217;adaptation d&#8217;une personne, provoquant une détresse intense. Cet évènement est vécu comme une menace pour l’intégrité physique ou psychique, qu’elle concerne la personne elle-même ou autrui. Par son caractère soudain, imprévisible et incontrôlable, il s’accompagne d’un vécu de peur, d’effroi et d’impuissance. Quelles...<p>Lisez plus sur <a href="https://nathalieneyrolles.fr/les-reactions-frequentes-apres-un-evenement-difficile/">Nathalie Neyrolles</a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Un événement potentiellement traumatique est une expérience bouleversante qui dépasse les capacités d&rsquo;adaptation d&rsquo;une personne, provoquant une détresse intense.</p>
<p>Cet évènement est vécu comme une menace pour l’intégrité physique ou psychique, qu’elle concerne la personne elle-même ou autrui. Par son caractère soudain, imprévisible et incontrôlable, il s’accompagne d’un vécu de peur, d’effroi et d’impuissance.</p>
<h2>Quelles sont les réactions possibles à la suite d&rsquo;un évènement difficile ?</h2>
<p>La confrontation à un évènement potentiellement traumatique entraîne, de manière automatique et réflexe, des réactions émotionnelles et physiques que le corps et l&rsquo;esprit vont tenter de réguler.</p>
<p>Il est important de se rappeler que ces réactions sont normales face à une situation qui, elle, n’est pas normale.</p>
<p>Quelles sont les réactions possibles à la suite d&rsquo;un évènement difficile ?</p>
<p><strong>Dans les 72 premières heures : les manifestations péritraumatiques</strong></p>
<p>Immédiatement après l&rsquo;évènement et dans les heures qui suivent, vous pouvez présenter des réactions de détresse intense : sidération, peur intense, sentiment d&rsquo;irréalité, tachycardie, tremblements, confusion. Ces manifestations peuvent rester adaptées (état de stress adapté), c&rsquo;est-à-dire proportionnées à la situation et permettant de faire face, ou devenir envahissantes au point de vous rendre incapable d&rsquo;agir (état de stress dépassé), avec une sidération profonde ou, à l&rsquo;inverse, une agitation incontrôlable.</p>
<p><strong>Entre 3 jours et 1 mois : les symptômes du Trouble de Stress Aigu</strong></p>
<p>Si les manifestations se prolongent au-delà de 72 heures, elles peuvent s&rsquo;organiser en un tableau plus structuré, réparti en 5 catégories.</p>
<p><em>Symptômes d&rsquo;intrusion</em></p>
<ul>
<li>Souvenirs récurrents, incontrôlables, intrusifs et pénibles de l&rsquo;événement</li>
<li>Rêves pénibles récurrents de l&rsquo;événement</li>
<li>Impression que l&rsquo;événement traumatisant se répète (par exemple, dans des flashbacks)</li>
<li>Souffrance psychologique ou physique intense en se remémorant l&rsquo;événement (par exemple, en entrant dans un lieu similaire, en entendant des sons similaires à ceux entendus lors de l&rsquo;événement)</li>
</ul>
<p><em>Symptômes d&rsquo;évitement</em></p>
<ul>
<li>Efforts pour éviter la mémoire, les pensées ou les sensations pénibles associées à l&rsquo;événement</li>
<li>Efforts pour éviter les rappels extérieurs (personnes, lieux, conversations, activités, objets et situations) associés à l&rsquo;événement</li>
</ul>
<p><em>Altération de l&rsquo;humeur</em></p>
<ul>
<li>Incapacité persistante à ressentir des émotions positives (comme le bonheur, la satisfaction ou des sentiments amoureux)</li>
</ul>
<p><em>Symptômes dissociatifs</em></p>
<ul>
<li>Sens altéré de la réalité (par exemple, la sensation d&rsquo;être dans un état d&rsquo;hébétude ou avoir l&rsquo;impression que le temps s&rsquo;est ralenti)</li>
<li>Perte de mémoire concernant une partie importante de l&rsquo;événement traumatique</li>
</ul>
<p><em>Symptômes d&rsquo;hyperactivation</em></p>
<ul>
<li>Troubles du sommeil</li>
<li>Irritabilité ou accès de colère</li>
<li>Attention exacerbée à la possibilité d&rsquo;un danger (hypervigilance)</li>
<li>Difficulté à se concentrer</li>
<li>Réaction exagérée à des bruits forts, des mouvements brusques ou à d&rsquo;autres stimuli (réaction de sursaut)</li>
</ul>
<p>Si vous présentez au moins 9 de ces symptômes entre 3 jours et 1 mois après l&rsquo;évènement, associés à une souffrance importante ou à des difficultés dans votre vie quotidienne ou professionnelle, ces éléments sont évocateurs d&rsquo;un Trouble de Stress Aigu et justifient une évaluation par un professionnel.</p>
<p><strong>Au-delà d&rsquo;un mois</strong></p>
<p>Si ces symptômes persistent au-delà d&rsquo;un mois, ils justifient une consultation pour évaluation diagnostique d&rsquo;un possible Trouble de Stress Post-Traumatique (TSPT).</p>
<h2>Quelques idées pour prendre soin de soi</h2>
<p>À la suite d’un événement potentiellement traumatique, il peut être difficile de déterminer quelles attitudes adopter et quels repères mobiliser. Dans ce contexte, certaines mesures peuvent être mises en place afin de soutenir les capacités de régulation psychique, de contenir l’impact du choc et de prévenir l’installation de difficultés plus durables. Sans se substituer à un accompagnement spécialisé lorsque celui-ci s’avère nécessaire, ces repères constituent des points d’appui pour traverser cette période.</p>
<ul>
<li><strong>Exprimer ses émotions </strong>: Les études ont mis en évidence que les personnes ayant vécues un évènement difficile, lorsqu’elles expriment librement leurs émotions, présentent une nette amélioration de leur état général (physique, psychologique et relationnel) tandis que les personnes qui ont étouffé leur souffrance présentent des résultats catastrophiques,</li>
<li><strong>S’accorder des moments de détente, faire des pauses</strong> : Il est tout à fait normal de s’accorder quelques moments de plaisir sans culpabiliser. C’est dans le cumul des petites choses que l’on fait pour soi que nous nous dirigeons vers le rétablissement.</li>
<li><strong>Éviter de prendre des décisions importantes qui engagent votre avenir</strong>. Demandez des conseils à des personnes de confiance. Il est préférable d’attendre d’avoir récupéré suffisamment,</li>
<li><strong>Accepter d’être désorganisé pendant un certain temps, d’être moins fonctionnel et moins performant</strong>. Vos moyens habituels de détente peuvent ne pas fonctionner dans les circonstances actuelles. Cherchez de nouveaux moyens pour diminuer le stress.</li>
</ul>
<p>Dans le cas où votre détresse est difficile à vivre et qu’elle s’accompagne de symptômes physiques qui vous inquiètent, il est préférable d’en parler avec un professionnel de santé.</p>
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		<title>Psychotraumatologie : définition, mécanismes et parcours de soins</title>
		<link>https://nathalieneyrolles.fr/definition-psychotraumatologie-mecanismes-soins/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Nathalie Neyrolles]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 04 May 2026 05:48:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Psychotraumatologie]]></category>
		<category><![CDATA[Repères psychologiques]]></category>
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					<description><![CDATA[La psychotraumatologie est une discipline qui a pour objet d’étude les conséquences psychologiques des traumatismes sur les personnes. Son objectif est de comprendre les mécanismes psychologiques et neurobiologiques liés au traumatisme afin d’améliorer la prise en soins. Qu&#8217;est-ce qu&#8217;un traumatisme ? Un traumatisme est une expérience bouleversante qui dépasse les capacités d&#8217;adaptation d&#8217;un individu. Cette...<p>Lisez plus sur <a href="https://nathalieneyrolles.fr/definition-psychotraumatologie-mecanismes-soins/">Nathalie Neyrolles</a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La psychotraumatologie est une discipline qui a pour objet d’étude les conséquences psychologiques des traumatismes sur les personnes.</p>
<p>Son objectif est de comprendre les mécanismes psychologiques et neurobiologiques liés au traumatisme afin d’améliorer la prise en soins.</p>
<h2>Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;un traumatisme ?</h2>
<p>Un traumatisme est une expérience bouleversante qui dépasse les capacités d&rsquo;adaptation d&rsquo;un individu. Cette expérience provoque une détresse intense.</p>
<h3>Distinction fondamentale entre Stress et Traumatisme</h3>
<p>Les réactions à un événement traumatique ne se limitent pas à la simple réponse physiologique et comportementale du stress. Ce dernier ne suffit pas à définir l&rsquo;impact d&rsquo;une menace sur l&rsquo;intégrité de l&rsquo;organisme.</p>
<p>En effet, rappelons que le stress est la réaction biologique, physiologique à tout évènement de vie, sans forcément une menace pour son intégrité physique. Le stress n’induit pas d’effraction psychique.</p>
<p>De fait, en cas d’évènements graves, les réactions de stress peuvent s’associer au traumatisme psychique mais ne s’y réduisent pas. Le concept de stress ne permet pas d’expliquer et de comprendre le trauma, c’est-à-dire les conséquences psychiques de l’évènement, comment l’évènement s’inscrit dans l’histoire personnelle du sujet et les modifications profondes qu’il induit sur la personnalité.</p>
<h3>La dimension singulière et culturelle du vécu</h3>
<p>Notons également que la réaction d’une personne à un vécu traumatique n&rsquo;est pas universelle. Elle dépend de l&rsquo;origine du sujet, de sa culture et de ses différences individuelles.</p>
<p>En effet, les recherches révèlent que les manifestations cliniques d’un traumatisme psychique sont en partie définies par des caractéristiques idiosyncratiques mais aussi culturelles du sujet (Radjack<strong>,</strong> 2012, Émergence et limite du concept de PTSD et Moro, 2012, Manuel des psychotraumatismes : cliniques et recherches contemporaines, Hollifield et ses collègues, 2002, Measuring trauma and health status in refugiees : a critical review. Journal of the American Medical Association)</p>
<h3>La rupture du sens et de l&rsquo;appartenance au monde</h3>
<p>Au-delà des différences individuelles et culturelles, ce qui semble invariablement caractériser le vécu traumatique sont les processus d’<strong>effroi</strong> et de <strong>sidération</strong> qui transforment le sujet dans sa manière d’appréhender le monde (Baubet et Moro, 2003). Moro (2012) ajoute qu’en clinique transculturelle, le traumatisme devrait être considéré comme « <strong><em>tous les non-sens qui touchent l’individu selon le niveau de l’être, du sens et du faire </em></strong>», c’est-à-dire l’ensemble des éléments qui bouleverse le sujet dans sa manière d’exister, de pouvoir donner une explication à son expérience et d’appartenir à la communauté des hommes.</p>
<p>C’est la raison pour laquelle, il nous semble fondamental de s’intéresser aux dimensions symboliques et intrapsychiques de l’expérience traumatique puisque ce qui permet fondamentalement de définir cette expérience c’est <strong>l’atteinte des capacités de mise en sens et de contenance du sujet par la sidération et le débordement.</strong></p>
<h2>Les différents types de traumatisme</h2>
<p>Rappelons qu’un traumatisme est une expérience adverse qui dépasse les capacités d’adaptation d’une personne à y faire face.</p>
<p>Lorsque l’évènement est isolé, soudain et menace l’intégrité physique et/ou psychique d’une personne (accident, attentat, agression, etc.), il s’agit d’un <strong>traumatisme simple</strong> (ou de type 1).</p>
<p>À l’inverse, le <strong>traumatisme complexe</strong> (ou de type 2), renvoie à des événements répétés, prolongés, dont il est difficile voire impossible de s’extraire : maltraitances infantiles, violences intrafamiliales, situations d’emprise, tortures, négligences chroniques, etc.</p>
<h2>Impact immédiat du trauma : la dissociation et la détresse péri-traumatique (jusqu&rsquo;à 72 heures après l&rsquo;évènement)</h2>
<p>La <strong>dissociation péri-traumatique</strong> est une réaction psychique involontaire et ponctuelle, survenant au cours d’un événement potentiellement traumatique ou dans les heures qui le suivent. Il s’agit d’un phénomène d’adaptation qui survient pour protéger la personne qui l’éprouve.</p>
<p>En effet, la dissociation péri-traumatique entraîne une séparation entre différents processus mentaux (émotions, comportements, pensées, mémoire…) qui sont habituellement bien articulés entre eux. Ce mécanisme coupe le sujet de la réalité pour échapper à une horreur insupportable. Il protège ainsi l&rsquo;organisme d&rsquo;un stress massif pouvant provoquer un arrêt cardiaque.</p>
<p>Quels sont les signes cliniques ?</p>
<ul>
<li>Des altérations de la perception du temps, des lieux et des personnes,</li>
<li>Une impression d’irréalité, d’être comme dans un film,</li>
<li>Une sidération psychique et physique (incapacité à penser et à bouger),</li>
<li>L’impression d’être déconnecté de son corps, de ne plus ressentir ni émotion ni sensation physique,</li>
<li>Des actions automatiques, que l’individu réalise sans en avoir conscience.</li>
</ul>
<p><b data-path-to-node="1" data-index-in-node="0">La détresse péri-traumatique</b> désigne une réaction émotionnelle, cognitive et physique normale expérimentée lors d&rsquo;un choc. Cette réaction survient durant l&rsquo;exposition à un événement potentiellement traumatisant ou immédiatement après celui-ci.</p>
<p>La détresse péri-traumatique n’est pas pathologique en elle-même. Les symptômes qu’elle regroupe, en particulier les symptômes physiques, s’apparentent en effet à une réaction normale de stress :</p>
<ul>
<li>Des sentiments de tristesse, de peur, de colère, de frustration, de honte ou de culpabilité,</li>
<li>Un sentiment d’impuissance, d’horreur ou de perte de contrôle de ses émotions,</li>
<li>Une impression de mort imminente,</li>
<li>Des réactions physiques liées au stress : sueurs, tremblements, palpitations, accélération du rythme cardiaque, etc.</li>
</ul>
<h2>Le trouble de stress aigu (à partir de 3 jours et jusqu&rsquo;à un mois après l&rsquo;évènement)</h2>
<p>Le trouble de stress aigu (TSA) n&rsquo;est pas une réponse automatique ni une réponse unique suite à un évènement potentiellement traumatique.</p>
<p>Sa présence ou son absence ne sont pas nécessairement significatives en termes de développement ultérieur d&rsquo;un trouble de stress post traumatique (TPST) ou d&rsquo;une autre problématique réactionnelle.</p>
<p>Le trouble de stress aigu est une réaction intense, désagréable, et dysfonctionnelle qui survient peu après un événement traumatisant. Ce trouble peut se manifester à partir du troisième jour et jusqu&rsquo;à un mois après l&rsquo;évènement. </p>
<p>Le plus souvent, il se résout spontanément, mais il arrive qu’il se complique en un <strong>trouble de stress post-traumatique</strong> si les symptômes persistent au-delà d&rsquo;un mois.</p>
<h3>Quels sont les signes cliniques ?</h3>
<ul>
<li>Intrusions : Reviviscences, cauchemars, flashbacks</li>
<li>Évitement : Fuite des souvenirs, des lieux ou des situations rappelant le traumatisme</li>
<li>Altérations cognitives et émotionnelles : Perte d’intérêt, culpabilité, troubles de mémoire</li>
<li>Hypervigilance : Insomnie, irritabilité, sursauts exagérés.</li>
</ul>
<h2>Le trouble de stress post traumatique (TSPT)</h2>
<h3>Vue d&rsquo;ensemble : </h3>
<ul>
<li>Environ 70 % des personnes dans le monde vivent un événement potentiellement traumatisant au cours de leur existence <em>(<a href="http://Kessler RC, Aguilar-Gaxiola S, Alonso J, Benjet C, Bromet EJ, Cardoso G, et al. Trauma and PTSD in the WHO world mental health surveys" data-wplink-url-error="true">Kessler RC, Aguilar-Gaxiola S, Alonso J, Benjet C, Bromet EJ, Cardoso G, et al. Trauma and PTSD in the WHO world mental health surveys</a>)</em>,</li>
<li>mais seule une minorité (5,6 %) développe un TSPT <em>(<a href="https://www.cambridge.org/core/journals/psychological-medicine/article/posttraumatic-stress-disorder-in-the-world-mental-health-surveys/7DB941D95BB33FCC18BF52DFB3F78197">Koenen KC, Ratanatharathorn A, Ng L, McLaughlin KA, Bromet EJ, Stein DJ, et al. Posttraumatic stress disorder in the World Mental Health Surveys. Psychol Med. 2017 Oct;47(13):2260–74)</a></em>.</li>
<li>On estime que 3,9 % de la population mondiale ont souffert d’un TSPT à un moment donné de leur vie</li>
<li>Jusqu’à 40 % des personnes souffrant de TSPT se rétablissent en l’espace d’un an</li>
</ul>
<h3>Qu&rsquo;est ce que le Trouble de Stress Post Traumatique ?</h3>
<p>Le Trouble de Stress Post Traumatique est un diagnostic dynamique qui peut être posé si les symptômes précédemment cités (intrusions, évitement, cognitions négatives et hypervigilance) dure plus d&rsquo;un mois après une exposition à un évènement traumatique.</p>
<p>La forme clinique du TPST avec symptômes dissociatifs, associe des symptômes de  dépersonnalisation et/ou des symptômes de déréalisation.</p>
<p>Si les symptômes persistent au-delà de 3 mois, un diagnostic de Stress Post Traumatique Chronique peut être posé.</p>
<h3>Les mécanismes neurobiologiques du TPST</h3>
<p>Contrairement à un souvenir classique, le <strong>trauma</strong> court-circuite le processus normal d&rsquo;analyse et d&rsquo;intégration. L&rsquo;intensité du choc provoque une <strong>hypermnésie émotionnelle</strong> (sensations brutes) tout en entravant la <strong>mémoire épisodique</strong> (récit des faits), ce qui peut générer une amnésie partielle.</p>
<p>Cette rupture empêche l&rsquo;individu de conscientiser ou de verbaliser l&rsquo;événement pour s&rsquo;en distancier. Résultat : le souvenir ne devient pas un récit passé, mais ressurgit sous forme d&rsquo;<strong>émotions pures</strong>, avec la même violence qu&rsquo;au premier jour.</p>
<p>En effet, les observations scientifiques, appuyées par l&rsquo;imagerie cérébrale et des études animales, révèlent un déséquilibre biologique flagrant dans le cerveau :</p>
<ul>
<li><strong>L&rsquo;amygdale est en surrégime :</strong> Cette zone, qui gère les émotions, devient hyperactive, ce qui explique l&rsquo;intensité du ressenti.</li>
<li><strong>L&rsquo;hippocampe est affaibli :</strong> Cette structure essentielle pour organiser les souvenirs (mémoire déclarative) fonctionne au ralenti. Sa capacité à se renouveler (<strong>plasticité</strong>) et sa taille diminuent.</li>
<li><strong>Le cortex préfrontal est défaillant :</strong> ce « chef d’orchestre », censé réguler les émotions, n&rsquo;exerce plus son rôle de frein. Ce manque de contrôle laisse la peur s’activer sans filtre, bloque la prise de décision et maintient la personne dans un état de reviviscence permanent.</li>
</ul>
<p>Au niveau biologique, il se produit un dérèglement des centres de commande du stress, notamment <strong>l&rsquo;axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien</strong>. Ce dérèglement entraîne :</p>
<ul>
<li><strong>Une tempête chimique :</strong> Le corps libère massivement des hormones du stress, comme le <strong>cortisol</strong>, et perturbe l&rsquo;équilibre des neurotransmetteurs (dopamine, glutamate, etc.).</li>
<li><strong>Un mode survie permanent :</strong> La <strong>substance grise dite « périaqueducale »</strong>, une zone du cerveau dédiée aux réflexes de défense et d&rsquo;évitement, devient hyperactive.</li>
</ul>
<p>En résumé, le cerveau reste « bloqué » sur un mode d&rsquo;alerte maximale, inondant l&rsquo;organisme de signaux de danger alors même que l&rsquo;événement est passé.</p>
<h2>Un traitement par phases</h2>
<p>Dans le trouble de stress post-traumatique, un traitement par phases est essentiel pour traiter la personne de manière sécurisée et efficace. Cette approche vise à réduire les risques de retraumatisation et à garantir que le patient est prêt à affronter les souvenirs traumatiques de manière progressive.</p>
<p>– <strong>La phase de stabilisation</strong> est une étape cruciale. Elle vise à aider les patients à retrouver un sentiment de sécurité et à gérer les symptômes liés au traumatisme avant d’aborder les expériences traumatiques elles-mêmes.</p>
<p>– <strong>La phase de traitement</strong> aborde directement les souvenirs traumatiques et les réactions émotionnelles qui en découlent. Cette phase permet de désensibiliser les souvenirs traumatiques, de réguler les émotions associées et de transformer les croyances négatives qui en résultent.</p>
<p>– <strong>La phase de consolidation</strong> consiste en la réintégration et la reconstruction de l’individu. Il s’agit d’aider le patient à retrouver sa place dans le monde extérieur, à rétablir des relations sociales et professionnelles saines et à reconstruire une image de soi plus positive et plus fonctionnelle</p>
<p>Lisez plus sur <a href="https://nathalieneyrolles.fr/definition-psychotraumatologie-mecanismes-soins/">Nathalie Neyrolles</a></p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Les situations extrêmes de la subjectivité</title>
		<link>https://nathalieneyrolles.fr/les-situations-extremes-de-la-subjectivite/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Nathalie Neyrolles]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 16 Mar 2026 06:15:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Repères psychologiques]]></category>
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					<description><![CDATA[Les situations extrêmes de la subjectivité Les situations extrêmes de la subjectivité nous semblent parfaitement rendre compte du vécu des victimes des actes terroristes. Elles désignent des situations « dans lesquelles la possibilité de continuer de se sentir « sujet », de continuer de maintenir le sentiment de son identité, et d&#8217;une identité inscrite au sein de l&#8217;humaine...<p>Lisez plus sur <a href="https://nathalieneyrolles.fr/les-situations-extremes-de-la-subjectivite/">Nathalie Neyrolles</a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<h2>Les situations extrêmes de la subjectivité</h2>
<p>Les situations extrêmes de la subjectivité nous semblent parfaitement rendre compte du vécu des victimes des actes terroristes. Elles désignent des situations « <em>dans lesquelles la possibilité de continuer de se sentir « sujet », de continuer de maintenir le sentiment de son identité, et d&rsquo;une identité inscrite au sein de l&rsquo;humaine condition, est portée à son extrême, voire au-delà du pensable</em> » (R. Roussillon, 2005).</p>
<h2>Lorsque la possibilité de se sentir sujet est poussée à son extrême</h2>
<p>Les situations extrêmes de la subjectivité ne se résument pas à des situations de détresse et d&rsquo;impuissance, « <em>elles sont cela, mais elles sont plus que cela</em> (…) <em>Les situations extrêmes de la subjectivité confrontent à des affects qui vont au-delà de l&rsquo;impuissance et de la détresse, qui présentent des formes « dégénérées » de celle-ci voire déshumanisées</em> » (R. Roussillon, 2005).</p>
<h2>Au-delà de la souffrance psychique : la douleur déshumanisante</h2>
<p>Il ne s&rsquo;agit pas non plus de souffrance psychique puisque la souffrance désigne un affect qui possède un sens, elle appartient à l&rsquo;humaine condition ; Pour rendre compte de cet éprouvé, R. Roussillon préfère parler de « douleur aiguë », « douleur psychique », « douleur sans « sens » acceptable », « douleur déshumanisante ».</p>
<h2>Effroi et terreur : l’expérience de l’impensable</h2>
<p>À cet affect, s&rsquo;ajoute celui l&rsquo;effroi, de la terreur ; W. Bion précise qu&rsquo;elle est « sans nom » afin de souligner son caractère désorganisateur et durant un temps tel que la notion du temps elle-même se perd. La fuite effective de la situation traumatique dans ces cas s&rsquo;avère impossible, « <em>la situation est sans recours, la révolte est vaine, il n&rsquo;y a pas d&rsquo;objet de recours externe concevable, la situation produit une situation d&rsquo;impasse subjective</em> » (R. Roussillon, 2005).</p>
<h2>La rupture du contrat narcissique</h2>
<p>Peu à peu le sujet traumatisé se voit envahi d&rsquo;un désespoir absolu, d&rsquo;une rupture du <a href="https://shs.cairn.info/revue-le-divan-familial-2009-1-page-107?lang=fr">« contrat narcissique » (P. Aulagnier)</a> c&rsquo;est-à-dire du contrat implicite qui le relie au reste de l&rsquo;humanité, « qui l&rsquo;inscrit dans l&rsquo;humaine condition. R. Roussillon évoque le terme de « crime contre l&rsquo;humanité psychique », qui « tue l&rsquo;humanité, l&rsquo;humanité en soi mais aussi le sens de l&rsquo;humain même ».</p>
<h2>L’expérience de déshumanisation</h2>
<p>Dès lors la déshumanisation entraîne non seulement la perte de dignité humaine mais aussi un sentiment de honte, de déréliction, de solitude absolue face à son éprouvé, vécu comme absurde et insensé.</p>
<p></p><!-- /wp:post-content --><p>Lisez plus sur <a href="https://nathalieneyrolles.fr/les-situations-extremes-de-la-subjectivite/">Nathalie Neyrolles</a></p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>Le concept de traumatisme en psychanalyse</title>
		<link>https://nathalieneyrolles.fr/le-concept-de-traumatisme-en-psychanalyse/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Nathalie Neyrolles]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 20 Mar 2024 05:54:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Repères psychologiques]]></category>
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					<description><![CDATA[Précisons que les différentes définitions dont rendent compte les auteurs qui se sont intéressés à ce phénomène ne renvoient pas à une entité nosographique unique mais plutôt à une série de processus psychiques qui tentent de maîtriser une expérience qualifiée de traumatique. Dans le cadre de l&#8217;élaboration de sa théorie, S. Freud a remanié à...<p>Lisez plus sur <a href="https://nathalieneyrolles.fr/le-concept-de-traumatisme-en-psychanalyse/">Nathalie Neyrolles</a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[		<div data-elementor-type="wp-post" data-elementor-id="886" class="elementor elementor-886">
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									<p>Précisons que les différentes définitions dont rendent compte les auteurs qui se sont intéressés à ce phénomène ne renvoient pas à une entité nosographique unique mais plutôt à une série de processus psychiques qui tentent de maîtriser une expérience qualifiée de traumatique.</p>
<p>Dans le cadre de l&rsquo;élaboration de sa théorie, S. Freud a remanié à plusieurs reprises le concept de traumatisme que nous pourrions résumer par 3 avancées importantes : l&rsquo;élaboration et l&rsquo;abandon de la Neurotica, le développement du point de vue économique du traumatisme et l&rsquo;abord des enjeux narcissiques du phénomène.</p>
<h2>Freud et sa première élaboration du traumatisme</h2>
<h3>La théorie de la séduction (Neurotica)</h3>
<p>Dans une première tentative d&rsquo;élaboration, les névroses sont des formations de défense contre le retour d&rsquo;un souvenir refoulé, d&rsquo;un évènement traumatique inaugural (supposé réel dans une première élaboration puis conçu comme fantasmatique dans une conception ultérieure), le plus souvent, une tentative de séduction de l&rsquo;enfant par un adulte,</p>
<h2>L&rsquo;introduction du concept de pulsion de mort</h2>
<p>Puis, en 1920, Freud renouvelle complètement son modèle du psychisme et de l&rsquo;inconscient en introduisant le concept de pulsion de mort ; conséquence directe de la guerre et de sa volonté de rendre compte des particularités cliniques et psychopathologiques des névroses de guerre et des névroses traumatiques.</p>
<p>Freud oppose dès lors <strong>névroses de transfert</strong> et <strong>névroses de guerre</strong> : À l&rsquo;amnésie qui caractérise les névroses de transfert, s&rsquo;oppose l&rsquo;hypermnésie de la névrose traumatique : si dans la névrose de transfert, le sujet parvient à refouler l&rsquo;évènement traumatique, dans la névrose de guerre, le refoulement n&rsquo;est pas possible, l&rsquo;évènement reste omniprésent dans l&rsquo;esprit du sujet,</p>
<p>Dans une conception économique (le point de vue économique suppose qu&rsquo;une certaine quantité d&rsquo;énergie circule), l&rsquo;afflux d&rsquo;excitations est excessif par rapport à la tolérance de l&rsquo;appareil psychique, le principe de constance (=Principe selon lequel l&rsquo;appareil psychique tend à maintenir à un niveau aussi bas ou, tout au moins, aussi constant que possible, la quantité d&rsquo;excitation qu&rsquo;il contient) se trouve mis en échec, l&rsquo;appareil psychique étant incapable de tolérer l&rsquo;excitation : « <em>Nous appelons traumatiques les excitations externes assez fortes pour faire effraction dans le pare-excitations.</em>» (Freud, au-delà du principe de plaisir, 1920)</p>
<h2>La névrose traumatique : sidération, effroi et rupture de la temporalité</h2>
<p>Dans la névrose de guerre (ou névrose traumatique), l&rsquo;évènement traumatique surgit chez un sujet non préparé et donc beaucoup plus vulnérable, l&rsquo;affect caractéristique est l&rsquo;effroi et la sidération qui figent le sujet : la temporalité est suspendue, le sujet ne s&rsquo;inscrit plus dans une continuité historique, l&rsquo;évènement introduit une coupure radicale entre un passé désormais inaccessible (celui d&rsquo;une vie normale), un présent qui s&rsquo;éternise et un futur que le sujet ne parvient plus à anticiper ni à concevoir.</p>
<h2>Ferenczi : le traumatisme et le rôle de l&rsquo;environnement</h2>
<p>Ferenczi, disciple de Freud remanie également dans les années 20 la notion de trauma en mettant lui, l&rsquo;accent sur le <strong>rôle décisif de l&rsquo;entourage</strong>, des personnes significatives : pour Ferenczi en effet, ce n&rsquo;est pas tant l&rsquo;évènement qui soit traumatique (bien que non négligeable) mais davantage <strong>le déni et la disqualification des affects de la victime par son environnement intersubjectif, qui signent le caractère traumatique d&rsquo;un évènement</strong>. Par sa réponse ou son absence de réponse adéquate, l&rsquo;environnement intersubjectif du sujet traumatisé peut causer une véritable déchirure identitaire,</p>
<h3>Honte et culpabilité</h3>
<p>En effet, Ferenczi constate que lorsque l&rsquo;entourage ne parvient pas à entendre ni à concevoir le mal-être des sujets au regard de qu&rsquo;ils ont vécu, cela renforce non seulement le caractère violent et insensé de l&rsquo;évènement, mais aussi, à cette agression venant de l&rsquo;extérieur (l&rsquo;évènement traumatique) s&rsquo;ajoute le mouvement narcissique du sujet, s&rsquo;attribuant la cause ou la faute et développe dès lors, des affects de honte et de culpabilité,</p>
<h3>Clivage de la personnalité</h3>
<p>Pour survivre à cet évènement, Ferenczi décrit l&rsquo;existence d&rsquo;un phénomène de clivage de la personnalité et de régression vers un état de béatitude pré-traumatique, cherchant ainsi à le rendre non advenu : tout se passe comme si la partie endommagée de la personnalité s&rsquo;était réfugiée dans les confins de la psyché, dans l&rsquo;espoir d&rsquo;être protégée par le fragment de la personnalité qui est resté (artificiellement) adapté.</p>
<h3>Winnicott : le traumatisme et la défaillance de l&rsquo;environnement</h3>
<p>Dans sa conception du traumatisme, D. Winnicott mettra également l&rsquo;accent sur le <strong>rôle décisif de l&rsquo;environnement</strong> : c&rsquo;est à partir de l&rsquo;observation des phénomènes normaux nécessaires au développement psychiques des nourrissons, que D. Winnicott propose un modèle prototype du phénomène traumatique : de la dépendance absolue de l&rsquo;enfant envers son environnement vers son indépendance, ce qui est décisif, est la manière dont l&rsquo;environnement (la personne qui apporte les soins, le plus souvent la maman) va s&rsquo;ajuster et répondre aux besoins du bébé qui déterminera le caractère traumatique d&rsquo;un évènement.</p>
<h3>L&rsquo;effondrement de l&rsquo;aire de confiance</h3>
<p>« Le traumatisme est en rapport avec la dépendance. Le traumatisme est ce qui rompt l&rsquo;idéalisation d&rsquo;un objet au moyen de la haine d&rsquo;un individu, en réaction au fait que cet objet n&rsquo;a pas réussi à atteindre sa fonction ». Le traumatisme vient de «<em> l&rsquo;effondrement dans l&rsquo;aire de confiance à l&rsquo;égard de l&rsquo;environnement généralement prévisible</em> » (Winnicott, 1965)</p>
<h3>L&rsquo;illusion de la toute-puissance et l&rsquo;adaptation maternelle</h3>
<p>Le rôle de l&rsquo;environnement est de soutenir le passage entre la dépendance absolue vers l&rsquo;indépendance. En effet, lors de la phase de la dépendance absolue, le bébé se vit comme créateur du monde et cette expérience d&rsquo;omnipotence originaire, qui donne à l&rsquo;enfant l&rsquo;impression qu&rsquo;une réalité conforme à ses désirs existe, est rendue possible grâce à la complicité de la mère, qui s&rsquo;adapte parfaitement aux besoins de son enfant. Lorsque la faim de son enfant se manifeste, elle propose au bon moment son sein, donnant ainsi l&rsquo;impression à l&rsquo;enfant qu&rsquo;il a créé et trouvé le sein.</p>
<p>Pour Winnicott, le traumatisme provient d&rsquo;une désillusion trop brutale, d&rsquo;une intrusion trop soudaine ou imprévisible d&rsquo;un fait réel, d&rsquo;une perte de confiance à l&rsquo;égard de l&rsquo;environnement, auquel le nourrisson est complètement dépendant. Dans les situations traumatiques, l&rsquo;enfant est dans l&rsquo;impossibilité de développer ses capacités de transitionnalités et son sentiment de se sentir exister de façon continue est altéré.</p>
<h3>Traumatismes précoces et agonies primitives</h3>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="ltr">Lorsque la défaillance de l&rsquo;environnement survient au stade de la dépendance absolue, avant que le Moi ne dispose des moyens de s&rsquo;organiser contre elle, le nourrisson se trouve exposé à ce que Winnicott appelle des agonies primitives, terme qu&rsquo;il préfère à celui d&rsquo;angoisse, jugé trop faible pour rendre compte de la nature de l&rsquo;expérience.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="ltr">L&rsquo;agonie primitive rend compte d&rsquo;une détresse psychique absolue et archaïque, subie par le nourrisson lors d&rsquo;une défaillance majeure de son environnement protecteur précocement vécu comme une rupture de continuité.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="ltr">Cette catastrophe psychique se caractérise par des terreurs impensables qui surviennent à un stade de développement où le bébé ne possède ni le langage ni l&rsquo;organisation mentale nécessaires pour intégrer ou mémoriser l&rsquo;événement sous forme de souvenir conscient. Faute d&rsquo;avoir pu être pensée ou symbolisée sur le moment, cette expérience traumatique se trouve clivée et persiste sous la forme de <a href="https://nathalieneyrolles.fr/la-crainte-de-leffondrement/">la crainte de l&rsquo;effondrement</a> à l&rsquo;âge adulte, une angoisse qui ne projette pas un danger futur mais répète inconsciemment une catastrophe psychique qui a en réalité déjà eu lieu dans le passé.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="ltr">D&rsquo;autres auteurs ont proposé des formulations proches pour désigner ce registre d&rsquo;expérience antérieur à toute mise en mots. Wilfred Bion parle de terreur sans nom, pour une expérience émotionnelle brute que la fonction alpha maternelle n&rsquo;a pas pu transformer en pensée. René Roussillon retient l&rsquo;expression d&rsquo;expériences agonistiques pour qualifier les vécus catastrophiques du nourrisson lorsque l&rsquo;environnement primaire est défaillant. Ces convergences terminologiques désignent la même clinique : une expérience de détresse absolue qui n&rsquo;a jamais pu accéder au statut de représentation et qui, de ce fait, ne peut être ni oubliée ni véritablement remémorée, mais seulement rejouée.</p>
<h3 class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="ltr"><strong>Conclusion</strong></h3>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="ltr">Le parcours de ces différentes élaborations, de Freud à Winnicott en passant par Ferenczi, représente une série de tentatives, pour rendre compte d&rsquo;un même défi clinique : celui d&rsquo;un vécu qui excède les capacités de traitement psychique du sujet. Freud, en passant du modèle événementiel de la Neurotica au point de vue économique de 1920, déplace le traumatisme du contenu de l&rsquo;évènement vers l&rsquo;effraction quantitative qu&rsquo;il produit dans l&rsquo;appareil psychique. Ferenczi et Winnicott, chacun à leur manière, déplacent ensuite l&rsquo;accent de l&rsquo;évènement vers la réponse de l&rsquo;environnement : ce n&rsquo;est pas tant ce qui arrive au sujet que la manière dont son entourage accueille, ou non, ce qui lui arrive, qui détermine le caractère traumatique de l&rsquo;expérience.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="ltr">Cette évolution théorique approfondit la définition initiale : si le traumatisme reste, comme il a été posé en ouverture, la conséquence psychique d&rsquo;une rencontre entre un sujet et un vécu non symbolisable, l&rsquo;histoire du concept en psychanalyse montre que cette impossibilité de symbolisation ne tient jamais au seul évènement. Elle se joue toujours dans un espace intersubjectif, celui de l&rsquo;environnement. C&rsquo;est cette dimension relationnelle de l&rsquo;effraction traumatique, plus que sa description économique ou événementielle, qui oriente aujourd&rsquo;hui la clinique du psychotraumatisme vers une attention constante portée à ce que le sujet a pu, ou non, trouver comme espace d&rsquo;accueil pour ce qu&rsquo;il a vécu.</p>
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		<p>Lisez plus sur <a href="https://nathalieneyrolles.fr/le-concept-de-traumatisme-en-psychanalyse/">Nathalie Neyrolles</a></p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>La république en masque&#8230;Un danger éthique</title>
		<link>https://nathalieneyrolles.fr/covid-19-la-republique-en-masques/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Nathalie Neyrolles]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 06 Sep 2020 18:57:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Psychologie et société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Lisez plus sur <a href="https://nathalieneyrolles.fr/covid-19-la-republique-en-masques/">Nathalie Neyrolles</a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Pour Emmanuel Lévinas, l&rsquo;expérience d&rsquo;autrui prend la forme d&rsquo;un visage, qui par sa totalité, sa nudité, nous révèle l&rsquo;humanité de l&rsquo;autre. En effet, le visage ne se réduit pas à une tête, tenter de détailler un visage (par un nez, une bouche, etc.), le dé-visager, c&rsquo;est l&rsquo;objectiver et nous perdons le rapport authentiquement éthique que suscite la rencontre avec l&rsquo;autre. Par sa totalité, le visage d&rsquo;autrui nous transporte au-delà du perceptible, vers l&rsquo;idée d&rsquo;infini et c&rsquo;est en ce sens que le visage d&rsquo;autrui est d&#8217;emblée éthique.</p>
<p>En effet, le visage est nu, exposé, offert,  il est ce qu&rsquo;il y a de plus vulnérable chez l&rsquo;homme, il révèle sa misère, sa fragilité, qui oblige, ordonne, supplie qu&rsquo;on réponde de lui : « <em>Le visage s&rsquo;impose à moi sans que je puisse rester sourd à son appel, ni l&rsquo;oublier, je veux dire sans que je puisse cesser d&rsquo;être responsable de sa misère </em>» (E.Lévinas, Humanisme de l&rsquo;autre homme).</p>
<p>Mais aussi, par sa vulnérabilité, le visage d&rsquo;autrui est exposé à la violence de l&rsquo;autre, à cette possibilité du meurtre et cette impuissance appelle aussitôt son injonction fondamentale « <em>tu ne tueras point</em> » : Autrui exige renoncement à la violence.</p>
<p>Le visage nous convoque, exige de l&rsquo;aide, notre sollicitude et nous rappelle notre responsabilité envers autrui. Ainsi, pour E. Lévinas, l&rsquo;éthique est à comprendre comme est un événement de la sensibilité même et c&rsquo;est dans cette fragilité du visage que s&rsquo;inscrit cet impératif éthique.</p>
<p>Ainsi,  l&rsquo;évènement de la rencontre avec autrui nous élève à la condition de sujet qui nous investit sans perturber notre liberté : « <em>La responsabilité, est ce qui exclusivement m&rsquo;incombe et que humainement, je ne peux refuser. Cette charge est une suprême dignité de l&rsquo;unique. (…) Telle est mon identité inaliénable de sujet »</em> (E. Lévinas, Éthique et infini)</p>
<p>Le port du masque nous prive de cette expérience fondamentale que représente la vulnérabilité d&rsquo;un visage et donc de cette dimension éthique. Avec le masque, nous perdons notre identité et notre humanité.</p>
<p>Un article du psychologue Patrick Fagan, paru dans le mensuel britannique <em>the critic, </em>le 28 juillet dernier (Pour lire l&rsquo;article complet : The Critic : Face masks make you stupid)<em>, </em>fait état de plusieurs études concernant le port du masque et les résultats révèlent que le port du masque : nous rend stupides, influençables, dociles et favorise une « régression massive » vers un état  plus primitif de l&rsquo;être, autorisant ainsi l&rsquo;expression des pulsions sexuelles et agressives.</p>
<p>Du point de vue psychanalytique, cela correspond à la diminution du Surmoi (notre conscience morale), donc du principe de réalité au profit du principe du plaisir.</p>
<p>Du point de vue de la neuro-imagerie, les masques inhibent l&rsquo;identité et le contrôle des impulsions qui sont tous deux, associés à la fonction exécutive dans le cortex préfrontal (Glannon, 2005 ; Tacikowski, Berger &amp; Ehrsson, 2017).</p>
<p>Nathalie Neyrolles, 6 septembre 2020</p>
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		<title>Covid-19 : Leurre de la santé suprême</title>
		<link>https://nathalieneyrolles.fr/covid-19-leurre-de-la-sante-supreme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Nathalie Neyrolles]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 06 Sep 2020 18:39:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Psychologie et société]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://nathalieneyrolles.fr/covid-19-leurre-de-la-sante-supreme/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Lisez plus sur <a href="https://nathalieneyrolles.fr/covid-19-leurre-de-la-sante-supreme/">Nathalie Neyrolles</a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<h2>&#8230; « Quoi qu&rsquo;il en coûte » :</h2>
<p>Lors d&rsquo;une première allocution le 12 mars dernier au sujet de l&rsquo;épidémie, notre président, Monsieur Emmanuel Macron, affirme que « <em>la priorité absolue pour notre Nation, sera la santé</em> » et de préciser, «<em> La santé n&rsquo;a pas de prix. Le gouvernement mobilisera tous les moyens financiers nécessaires pour porter assistance, pour prendre en charge les malades, pour sauver des vies quoi qu&rsquo;il en coûte</em>« .</p>
<p>Si, pour le philosophe André Comte-Sponville, « <em>une civilisation est en train de naître, celle qui fait de la santé, une valeur suprême </em>» et qu&rsquo;il déplore le « pan-médicalisme, cette idéologie qui attribue tout le pouvoir à la médecine». (Extrait de l&rsquo;interview d&rsquo;André Comte-Sponville publié le 17 avril 2020 par le magazine Le temps), nous ne pensons pas que la santé soit considérée aujourd&rsquo;hui comme une valeur suprême, puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit plutôt de ne considérer qu&rsquo;un aspect de la santé d&rsquo;une part, de cet aspect de la santé au regard de l&rsquo;épidémie d&rsquo;autre part et d&rsquo;une certaine forme de vie :</p>
<h2><strong>Une santé considérée uniquement dans sa dimension biologique</strong> :</h2>
<p>Selon l&rsquo;OMS en effet, «<em>La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d&rsquo;infirmité</em>» et nous pouvons constater de toute évidence, que la dimension mentale et la dimension sociale ont été complètement scotomisées.</p>
<p>En juin dernier, notre ministre de l&rsquo;Économie et des finances, Bruno Le Maire prédisait « une vague de faillites, une vague de difficultés sur le front de l&#8217;emploi très violente » à venir. Il a notamment évoqué la suppression de 800 000 emplois supprimés et 10 % de chômage pour cette année. Des chiffres inquiétants et qui pourraient s&rsquo;aggraver en cas d&rsquo;une deuxième vague de Covid-19.</p>
<p>Si les conséquences sanitaires et économiques de l&rsquo;épidémie sont criantes, il n&rsquo;en reste pas moins que cette crise a également des conséquences psychologiques dévastatrices : forte hausse de l&rsquo;anxiété, des troubles du sommeil, des dépressions, de la consommation des psychotropes et la perspective d&rsquo;une deuxième vague qui s&rsquo;avère être davantage celle des suicides.</p>
<p>Dans les colonnes des Échos du jeudi 10 septembre 2020, en effet, Michel Debout, psychiatre et professeur de médecine légale, spécialiste de la prévention du suicide rappelle « <em>le lien entre crise économique et suicide. C&rsquo;est incontestable, cela a été documenté dès la crise de 1929, et plus récemment lors de la crise de 2008. Il ne faudrait pas qu&rsquo;une crise sanitaire en cache une autre, ajoute-t-il. Et celle-ci pourrait avoir des conséquences dévastatrices non pas sur les personnes âgées, mais sur les travailleurs actifs</em> »</p>
<p>Ce même constat a été également réalisé par Jean-Claude Delgènes, président du cabinet de prévention des risques au travail, Technologia : « <em>Nous assistons à une augmentation des crises suicidaires. En très peu de temps, nous avons eu une dizaine d&rsquo;alertes, dont quatre de grandes sociétés françaises, notamment à propos de tentatives de suicide, dans les secteurs pharmaceutique et bancaire ainsi que dans le domaine de la restauration</em> » (article paru dans L.frii &#8211; Covid-19, les experts alertent sur une possible vague de suicides)</p>
<p>Cette vague de suicides peut déjà s&rsquo;observer à travers le monde, au Japon et en Thaïlande notamment, les études à ce sujet en France sont pour l&rsquo;instant, en cours, mais nous constatons déjà une hausse inquiétante des demandes d&rsquo;intervention sur site en raison d&rsquo;un suicide au sein d&rsquo;une entreprise.</p>
<h2><strong>Cet aspect biologique de la santé au regard de l&rsquo;épidémie </strong></h2>
<p>Il s&rsquo;agit plus précisément donc, de ne considérer la santé, uniquement dans son aspect biologique au regard de l&rsquo;épidémie, puisque d&rsquo;autres maladies sont d&rsquo;une part tout aussi préoccupantes, comme les maladies chroniques, les cancers, les insuffisances cardiaques et respiratoires et d&rsquo;autre part, ces personnes sont d&rsquo;autant plus en proie à des formes graves de la covid-19, comme cela a été précisé lors de cette allocution : «<em> Dans l&rsquo;immense majorité des cas, le Covid-19 est sans danger, mais le virus peut avoir des conséquences très graves, en particulier pour celles et ceux de nos compatriotes qui sont âgés ou affectés par des maladies chroniques comme le diabète, l&rsquo;obésité ou le cancer </em>»  et pourtant, notre président a demandé lors de cette même allocation « <em>à toutes les personnes âgées de plus de 70 ans, à celles et ceux qui souffrent de maladies chroniques ou de troubles respiratoires, aux personnes en situation de handicap, de rester autant que possible à leur domicile. Elles pourront, bien sûr, sortir de chez elles pour faire leurs courses, pour s&rsquo;aérer, mais elles doivent limiter leurs contacts au maximum</em>»… Peut-être, aurait-il fallu préciser, « sans oublier de poursuivre leur suivi médical »,  puisque ce n&rsquo;est que le 7 avril, soit trois semaines plus tard que notre ministre de la santé, Olivier Véran a rappelé dans un tweet, que « <em>Si vous devez faire un dépistage du cancer du sein, faites-le ; Si vous devez faire les vaccins de vos enfants, faites-les ; Si vous avez une maladie chronique nécessitant un suivi, faites-le</em> » &#8230; Peut-être aurait-il aussi fallu préciser « dans la mesure du possible » puisque pour accueillir les patients atteints par la Covid-19 et augmenter les capacités de lits de réanimation,  les hôpitaux ont réorganisé leurs services, déprogrammé les hospitalisations, annulé les opérations chirurgicales, en maintenant au minimum les activités pour les autres malades.</p>
<p>Une <a href="https://www.who.int/fr/news/item/31-08-2020-in-who-global-pulse-survey-90-of-countries-report-disruptions-to-essential-health-services-since-covid-19-pandemic">enquête mondiale menée par L&rsquo;OMS rendue publique le 31 août 2020</a> révèle que 90% des pays ont souffert des perturbations des services essentiels de santé depuis le début de la pandémie. (Étude complète disponible sur le site le l&rsquo;OMS)</p>
<p>Toujours est-il que la covid-19 étant au centre de toutes les préoccupations et la communication concernant la nécessité de poursuivre son suivi médical pour les personnes atteintes d&rsquo;autres pathologies, de toute évidence, très confuse,  beaucoup de patients ont renoncé à se rendre aux urgences ou chez leur médecin de peur de déranger, alors qu&rsquo;il s&rsquo;agissait de cas d&rsquo;urgence, beaucoup de patients on retardé leurs examens ou leur traitement pour le cancer qui se sont révélés fatal par la suite, en plus des détresses psychologiques non prises en charge dont l&rsquo;issue a également été fatale, sans oublier les enfants et les femmes victimes de violence dont le nombre a explosé pendant le confinement. Au total, ce sont des centaines de milliers de vies qui ont été perdues au point de faire dire aux spécialistes du terrain,  que les dommages collatéraux au Covid-19 feront au final, bien plus de morts que les malades de la Covid-19.</p>
<h2><strong>Sauver des vies, « quoi qu&rsquo;il en coûte » :</strong></h2>
<p>Il serait intéressant de se demander d&rsquo;une part quelle forme prend la vie lorsqu&rsquo;elle est réduite à sa dimension biologique, ce que les grecs nomment la « Zôé », c&rsquo;est-à-dire le simple fait de vivre, commun à tous les êtres vivants, distincte du « Bios »  ou la vie qualifiée, qui correspond à la forme ou la façon de vivre propre à un individu ou un groupe et d&rsquo;autre part ce qu&rsquo;il en coûte précisément.</p>
<ul>
<li>
<h3><strong><u>une certaine forme de vie : la vie sacrée </u></strong></h3>
</li>
</ul>
<p>Le droit romain archaïque déclarait en effet <em>homo sacer</em> (homme sacré), un homme qui avait commis un crime tel, qu&rsquo;il ne pouvait être puni autrement que par l&rsquo;élimination sociale et juridique de son auteur. Celui-ci  était dès lors privé de tout droit ; il était celui que l&rsquo;on pouvait alors tuer sans être un criminel mais qu&rsquo;on ne pouvait sacrifier ; à cette absence de protection élémentaire normalement reconnue par l&rsquo;ordre juridique, venait s&rsquo;ajouter, la confiscation des biens, l&rsquo;exclusion des liens de la famille et de la parenté, la déchéance du droit de cité, l&rsquo;exil.</p>
<p>Cette condamnation représentait une mort civile, L&rsquo;<em>homo sacer </em>n&rsquo;était plus un être social, il avait cessé d&rsquo;être un sujet de droit, il devenait un mort-vivant.</p>
<p>N&rsquo;existant plus au niveau juridique et social, il ne lui restait que sa vie biologique, une vie nue (concept de Walter Benjamin reprise par Giorgio Agamben), c&rsquo;est-à-dire le simple fait de vivre.</p>
<p>C&rsquo;est à partir d&rsquo;une enquête généalogique du pouvoir et donc du concept d&rsquo;<em>homo sacer </em>notamment, que le philosophe Giorgio Agamben, reprend différemment la notion de bio-pouvoir (mode spécifique de pouvoir quand la vie entre dans ses préoccupations) de Michel Foucault.</p>
<p>Giorgio Agamben, analyse la structure spécifique du pouvoir souverain, comme une relation spécifique à la vie qu&rsquo;il nomme <em>État d&rsquo;exception</em> et son analyse démontre que cet état d&rsquo;exception  ne constitue pas une mise entre parenthèses temporaire de l&rsquo;État de droit, puisque c&rsquo;est sur elle que repose, depuis l&rsquo;origine, les formes du pouvoir politique en Occident.</p>
<p>La souveraineté ne porte plus sur des sujets de droits mais sur la vie nue, cette vie ou plutôt cette survie lorsqu&rsquo;elle est réduite à sa dimension biologique, cette vie sans dignité, sans droit et sans identité.</p>
<p>Au nom de la vie ou plutôt de cette forme particulière de vie, avons-nous accepté de renoncer à nos libertés, nos habitudes de vies, nos rapports sociaux, au respect de nos anciens et des morts… Une absence totale de valeurs qui peut être tristement illustrée « par les conditions inhumaines de détention » dirons-nous, des personnes dans les EHPAD lors du confinement et récemment lors de la canicule. Dans un article du Parisien pouvait-on lire à ce sujet, le témoignage de la fille d&rsquo;une résidente d&rsquo;un EHPAD qui déplorait les conditions de vie de sa maman lors du confinement et de s&rsquo;exprimer « <em>ma mère  n&rsquo;est pas un chien !</em> ».  Effectivement, nous rappelons que les chiens avaient autorisation de sortie&#8230; Pour le pape François, une société qui ne respecte plus ses anciens, porte le virus de la mort.</p>
<p>Les états d&rsquo;urgence se succèdent, la culture, c&rsquo;est-à-dire « <em>tout ce en quoi la vie humaine s&rsquo;est élevée au-dessus de ses conditions animales et ce en quoi elle se différencie de la vie des bêtes et je dédaigne séparer culture et civilisation </em>» (Freud, Malaise dans la civilisation), est massacrée, tout comme les lieux qui nous permettent d&rsquo;avoir une vie sociale (bars, restaurants, discothèques, salle de sport, etc.), ce qui risque d&rsquo;inscrire durablement notre vie dans une vie nue.</p>
<p>Les questions qui s&rsquo;imposent sont : Peut-on consentir à réduire notre vie à une vie nue ? N&rsquo;est-il pas urgent de repenser les valeurs qui nous portent, qui nous guident et qui nous permettent de donner un véritable sens à notre vie afin qu&rsquo;elle vaille la peine d&rsquo;être vécue ?</p>
<p> </p>
<p>Nathalie Neyrolles, 6 septembre 2020</p>
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		<title>Souffrance au travail</title>
		<link>https://nathalieneyrolles.fr/souffrance-au-travail/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Nathalie Neyrolles]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 06 Jun 2020 04:34:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Psychologie et société]]></category>
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					<description><![CDATA[Souffrance au travail : comprendre les mécanismes psychiques et organisationnels L’impact de l’économie sur le fonctionnement psychique peut s’apprécier au regard du travail. En effet, comme le mentionne Christophe Dejours dans son article Travail, modernité et psychanalyse. En effet, Il est possible de localiser des situations où le fonctionnement psychique est directement soumis à l&#8217;épreuve...<p>Lisez plus sur <a href="https://nathalieneyrolles.fr/souffrance-au-travail/">Nathalie Neyrolles</a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<h2>Souffrance au travail : comprendre les mécanismes psychiques et organisationnels</h2>
<p>L’impact de l’économie sur le fonctionnement psychique peut s’apprécier au regard du travail. En effet, comme le mentionne Christophe Dejours dans son article Travail, modernité et psychanalyse. En effet, Il est possible de localiser des situations où le fonctionnement psychique est directement soumis à l&rsquo;épreuve du réel de l&rsquo;économique, à l&rsquo;évolution des rapports de domination dans la société et où l&rsquo;on voit comment la domination sociale se reproduit à l&rsquo;intérieur du fonctionnement psychique individuel. Cette clinique, nous dit-il, est celle du travail. Il constitue le médiateur central entre fonctionnement psychique et économie.</p>
<p>Ce sont par les nouvelles méthodes de management, les nouvelles formes d’organisation et de gestion des entreprises que l’économique parvient à avoir une prise sur le fonctionnement psychique, nous dit Christophe Dejours et de préciser «très précisément (…) par l&rsquo;évaluation individuelle des performances et les contraintes individualisées de rentabilité. »</p>
<p>Chaque travailleur est en effet soumis à l’évaluation de sa performance, de sa productivité et de sa rentabilité.</p>
<p>En effet, pour atteindre l’objectif, Il faut toujours aller plus vite, toujours se dépasser, sous peine de ne plus être rentable donc inutile et remercié : l’évaluation des performances devient une menace et force est de constater que ce système fonctionne.</p>
<p>Mais un système ne fonctionne pas tout seul : pour que le système de management fonctionne, il faut des personnes pour le mettre en place, l’adapter dans chaque entreprise, chaque service, chaque poste de travail.</p>
<p>Ensuite, Il faut des personnes pour assurer sa pérennité, son efficacité et son emprise et Christophe Dejours de préciser « Beaucoup de gens collaborent à son succès. Pas seulement des cadres de direction mais aussi des cadres subalternes, des techniciens, des contremaîtres, voire des opérateurs de la base.</p>
<p>Mais aussi, pour que le système fonctionne, il faut des masses de formateurs pour préparer les uns à subir, les autres à exercer l&rsquo;évaluation, voire pour faire passer dans de nombreuses situations de travail des méthodes proches de l&rsquo;évaluation que sont la “qualité totale” ou “l&rsquo;auto-contrôle”.</p>
<p>« De fait on est inévitablement conduit à reconnaître que des masses de braves gens sont, dans le cadre de la modernité néo-libérale, invités à apporter, dans le travail, par le travail et pour le travail, leur concours à des actes qui consistent à intimider autrui, à menacer, à faire peur, mais aussi à dresser la liste des futurs licenciés, à mettre au point des “plans sociaux”, à effectuer les dégraissages d&rsquo;effectifs, à faire des “crocs en jambe” aux collègues, etc. c&rsquo;est-à-dire à commettre des actes injustes contre autrui. » Christophe Dejours.</p>
<h3>Souffrance éthique : quand le travail entre en conflit avec les valeurs</h3>
<p>Lorsqu’un sujet accepte sa participation à un système alors qu’il est contraire à ses valeurs morales, il doit faire la douloureuse expérience de sa faiblesse morale, que sa peur d’être victime de ce système fait de lui un lâche qui s’incline sans contester et qui participe à sa réussite.</p>
<p>Cette souffrance, Christophe Dejours, la nomme souffrance éthique : « cette souffrance, je la qualifierais de souffrance éthique, c&rsquo;est-à-dire de souffrance spécifiquement en rapport avec le conflit moral dans lequel je suis pris. »</p>
<p>Cette adhésion provoque également une angoisse. En effet, cela crée un doute radical sur la personne elle-même, sur ses convictions, ses choix, une perte de son identité, voire une décompensation psychopathologique.  Christophe Dejours  précise : « Et c&rsquo;est ce qui arrive : certains sujets ne parviennent pas à contrôler cette angoisse et basculent dans la dépression. Parmi eux, certains aujourd&rsquo;hui se suicident. »</p>
<p>Mais il s’agit là d’une minorité, puisque la plupart des personnes parviennent très bien à s’y adapter. Ces personnes ont pourtant une conscience morale, mais ils y parviennent grâce à des stratégies défensives appelées stratégies collectives de défense. « Il s&rsquo;agit de défenses contre la souffrance qui ont la particularité d&rsquo;être bâties et entretenues collectivement, grâce à un intense travail de construction de règles qui encadrent les comportements, les discours, les interdits, etc. (…) Elles ont en commun d&rsquo;engourdir la conscience morale, (…). On parvient ainsi à cliver le fonctionnement cognitif soumis aux seules épreuves de la rationalité instrumentale (efficacité, productivité, qualité, etc.), de la pensée réflexive, sur la portée de son propre comportement vis-à-vis de l&rsquo;autre, pensée qui est neutralisée, paralysée, engourdie. » Christophe Dejours, Travail, modernité et psychanalyse</p>
<h4><strong>Du paradoxe des attentes :</strong></h4>
<p>Autrefois source d’épanouissement, le travail devient aujourd’hui de plus en plus « risqué », la mise en place de la prévention des risques psychosociaux en témoigne. En effet, la notion de « risques » renvoie à la notion de danger et le problème devient grave puisque le travail peut aussi tuer, comme en témoigne la série de suicides chez Orange en 2014.</p>
<p>Paradoxalement, nos contemporains attendent aujourd’hui, beaucoup du travail, beaucoup plus qu’il ne peut leur offrir.</p>
<p>Cette attente démesurée, est une réponse nous semble-t-il à un contexte de délitement des liens, de frustrations grandissantes (conséquences directes entre la dichotomie des buts valorisés par la société et les moyens pour y parvenir), d’absences de projets et de rêves de nos contemporains.</p>
<p>Dès lors, les personnes souhaitent que le travail vienne compenser le reste de leur vie, « Ils y nourrissent l’espoir non pas seulement de survivre dans un contexte, mais de pouvoir enfin produire du contexte pour vivre. » (Yves Clot dans son article Clinique du travail et de l’activité.)</p>
<p>Paradoxe que constate également le journaliste, essayiste et philosophe André Gorz, « jamais la fonction irremplaçable, indispensable du travail en tant que source de lien social, de cohésion sociale, d’intégration, de socialisation, d’identité personnelle, de sens n’aura été invoquée aussi obsessionnellement que depuis qu’il ne peut remplir aucune de ces fonctions. »</p>
<p>Lisez plus sur <a href="https://nathalieneyrolles.fr/souffrance-au-travail/">Nathalie Neyrolles</a></p>]]></content:encoded>
					
		
		
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		<title>L’espace potentiel ou l’aire de créativité : un espace de repos soulageant l’être humain du tragique de sa condition</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Nathalie Neyrolles]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 06 Jun 2020 03:57:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Repères psychologiques]]></category>
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					<description><![CDATA[« La vie, ce fardeau qui nous est imposé, est trop lourde pour nous, elle nous apporte trop de souffrances, de déceptions, de problèmes insolubles », Freud, 1930 L&#8217;espace potentiel : un espace de repos soulageant l&#8217;être du tragique de sa condition Entre le sentiment d’omnipotence, donnant à l’enfant l’illusion de créer le monde et la...<p>Lisez plus sur <a href="https://nathalieneyrolles.fr/lespace-potentiel-ou-laire-de-creativite-un-espace-de-repos-soulageant-letre-humain-du-tragique-de-sa-condition/">Nathalie Neyrolles</a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>« La vie, ce fardeau qui nous est imposé, est trop lourde pour nous, elle nous apporte trop de souffrances, de déceptions, de problèmes insolubles »,<br />
														Freud, 1930</p>
<h2>L&rsquo;espace potentiel : un espace de repos soulageant l&rsquo;être du tragique de sa condition</h2>
<p>Entre le sentiment d’omnipotence, donnant à l’enfant l’illusion de créer le monde et la prise en compte de la réalité, c’est-à-dire accepter le tragique de notre condition humaine et de notre funeste destinée, il existe une aire intermédiaire d’expérience, un espace de repos qui soulage l’être de sa condition.</p>
<p>Cette troisième aire, Winnicott l’appelle l’aire intermédiaire d’expérience,  un espace potentiel,  elle est une aire de créativité qui n’est pas contestée :</p>
<p>							« Nous supposons ici que l’acceptation de la réalité est une tâche sans fin et que nul être humain ne parvient à se libérer de la tension suscitée par la mise en relation de la réalité du dedans et de la réalité du dehors ; nous supposons aussi que cette tension peut être soulagée par l’existence d’une aire intermédiaire d’expérience, qui n’est pas contestée (arts, religion, etc.). Cette aire intermédiaire est en continuité directe avec l’aire de jeu du petit enfant « perdu » dans son jeu »<br />
														D. Winnicott, Jeu et réalité</p>
<p>L’illusion est à l’origine de cet espace potentiel : le bébé se vit comme créateur du monde et cette expérience servira de matrice à son rapport au monde qu’il entretiendra tout au long de son existence.</p>
<p>Cette expérience d’omnipotence originaire est rendue possible grâce à la complicité de la mère, qui s’adapte parfaitement aux besoins de son enfant. Lorsque la faim de son enfant se manifeste, elle propose au bon moment son sein, donnant ainsi l’impression à l’enfant qu’il a créé et trouvé le sein.</p>
<p>Pour illustrer cette idée, D.W.Winnicott propose d’imaginer un bébé qui n’aurait pas été encore nourri :</p>
<p>							La faim se manifeste et le bébé est prêt à avoir l’idée de quelque chose. Il est prêt à créer une source de satisfaction à partir du besoin, mais il n’y a pas d’expérience précédente pour lui montrer à quoi s’attendre. Si, au moment précis où le bébé s’attend à quelque chose, la mère offre le sein et si elle lui permet de prendre son temps et d’explorer avec la bouche et les mains, peut-être avec son odorat, le bébé « crée » exactement ce qui se présente. Finalement, il a l’illusion que ce sein réel est exactement l’objet qui a été créé à partir du besoin, de l’envie et des premières pulsions d’un amour primitif. La vue, l’odeur, le goût sont mémorisés quelque part et au bout d’un certain temps le bébé peut créer un objet qui ressemble exactement au sein que la mère lui offre. Un millier de fois avant le sevrage, la mère peut exactement offrir cette introduction particulière à la réalité extérieure. Un millier de fois, le sentiment existe que ce qui était désiré a été créé et trouvé<br />
														D. Winnicott, 1947</p>
<p>C’est à partir de cette expérience d’omnipotence, donnant à l’enfant l’impression qu’une réalité  conforme à ses désirs, existe, que l’enfant sera capable de frustration et de parvenir même un jour à l’opposé de l’omnipotence et d’avoir le sentiment de n’être qu’une petite poussière dans l’univers.     <em> </em></p>
<p>Entre l’illusion d’omnipotence et le sentiment de n’être qu’une poussière dans l’univers, un espace de créativité, un espace qui se situe entre créativité primaire et la perception objective basée sur l’épreuve de la réalité ; passage fondamental au cours du développement de l’enfant où il s’agit de passer d’une continuité sans limite entre deux êtres à une continuité entre deux êtres contigus, du subjectivement conçu à l’objectivement perçu. Cette aire intermédiaire d’expérience (entre réalité interne et réalité externe), subsistera tout au long de la vie ; elle se transformera en aire transitionnelle puis en aire culturelle.</p>
<p>La créativité est une réponse face à la réalité « offensante ». Elle est inhérente au fait de vivre et  revêt d’un caractère universel. Il s’agit de penser la créativité dans une acceptation très large, c’est-à-dire qu’il s’agit moins ici de penser la créativité en la réduisant à la création artistique mais davantage à un mode créatif de perception, de penser à cette créativité qui permet à l’individu une certaine approche de la réalité extérieure, à sa façon singulière d’être au monde, celle qui lui permet d’agir sur le monde, lui donnant ainsi le sentiment que la vie vaille la peine d’être vécu .</p>
<p>							« Quelque soit la définition (de la vie) que nous adoptions, elle doit comporter l’idée que la vie vaut ou non d’être vécue selon que la créativité fait ou non partie de l’expérience de tout être vivant. Pour être créatrice, une personne doit exister et avoir le sentiment d’exister, non de manière consciente, mais comme une base qui lui permet d’agir. La créativité est alors un faire qui est issue d’un être. Elle indique que celui qui existe, est vivant. La pulsion peut être au repos, mais quand le mot “faire” est bien employé, la créativité est déjà là. … La créativité, alors, est la capacité de conserver tout au long de la vie quelque chose qui est propre à l’expérience du bébé : la capacité de créer le monde. » <br />
														D. Winnicott</p>
<p>Dans le cas contraire, l’individu se laisse écraser continuellement par soumission au monde qui empiète sur lui, il est incapable de vivre de façon créative et doute de la valeur de la vie :</p>
<p>							« Ce qui s’oppose un tel mode de perception, c’est une relation de complaisance soumise envers la réalité extérieure : le monde et tous les éléments sont alors reconnus mais alors seulement comme étant ce à quoi il faut s’ajuster et s’adapter. La soumission entraîne chez l’individu un sentiment de futilité, associé à l’idée que rien n’a d’importance »<br />
														D. Winnicott, Jeu et réalité</p>
<p>Ainsi, pour que la vie vaille la peine d’être vécue, la créativité doit faire partie de l’expérience. Elle se manifeste comme une façon d’être qui permet d’agir sur le monde, prolongeant la capacité originaire à « créer le monde ».</p>
<p>À l’inverse, la soumission à la réalité extérieure réduit l’individu à une adaptation de complaisance, source d’un sentiment de futilité et de perte du sens de vivre.</p>
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